Situation préoccupante au niveau du Lac Tchad et dans la région de Diffa (Niger)

L’insurrection en cours dans les Etats de Yobe, Adamawa et Borno, au nord-est du Nigéria a provoqué le déplacement de milliers de civils à l’intérieur du pays mais a aussi créé un flux de réfugiés dans les pays voisins à savoir le Cameroun, le Tchad et le Niger.

La région de Diffa au Niger a été la principale destination de la population déplacée de force en provenance du Nigéria. Diffa est une région reculée, près du Lac Tchad dans l’extrême est du Niger, à 1200 km de la capitale Niamey. La région de Diffa se caractérise par une faible densité de population du fait d’un environnement aride et désertique. Sa population vit le long de la rivière Komadougou Yobé qui marque aussi la frontière au sud avec l’Etat de Borno (Nigeria).

Bosso est l’une des principales villes sur les rives de la rivière. Ici, des refugiés en provenance du Nigéria traversent la rivière tous les jours pour venir y chercher refuge et fuir le conflit interne.

En juillet 2013, les organisations humanitaires avaient dénombré 6,400 personnes déplacées. Au mois de septembre, elles avaient atteint le nombre de 37,000. Au cours des 4 dernières semaines, l’ONG International Rescue Committee (IRC), en charge du suivi des mouvements, a comptabilisé l’arrivée de plus de 2 000 personnes. A l’heure actuelle bien que personne ne puisse avoir une vue d’ensemble réelle sur les arrivées quotidiennes qui touchent plus de 100 villages, des estimations prudentes avancent le chiffre de plus de 40 000 personnes déplacées.

Au cours des derniers jours, la presse nigériane a rapporté des incidents majeurs près de Maiduguri, capitale de l’Etat de Borno. Mais Maiduguri se trouvant à plus de 250 km du Niger, ces violences n’ont pas eu d’impact majeur sur le flux de réfugiés arrivant au Niger, ce qui soulève la question de la provenance et des causes qui ont poussé ces personnes à fuir.

Les témoignages oculaires recueillis indiquent l’existence d’un autre théâtre majeur de violences qui ne fait pas la « une » des médias : les rives et les îles du Lac Tchad dans l’Etat de Borno. Une femme réfugiée, originaire du village de Madaï, encore en état de choc lorsqu’elle décrit la situation chez elle, en a fait le récit suivant « je n’ai jamais vu une chose pareille de ma vie : il y avait des cadavres partout, aussi bien dans les maisons que flottant sur l’eau. C’était le sauve qui peut. Si tu ne retrouves pas les membres de ta famille, tu te résignes en supposant que tous ceux que tu n’as pas vus sont morts. Aujourd’hui, le remord que nous avons est de ne pas avoir pu inhumer les corps de nos parents. »

Une autre femme ajouta : « Nous avons eu de la chance d’être dans un quartier reculé.
Quand nous avons entendu les coups de feu, nous avons pris nos enfants et nous avons couru. Nous n’avons rien pu prendre avec nous. Beaucoup de familles ont été séparées». D’autres récits mentionnent le kidnapping de femmes et d’enfants par les assaillants.

L’UNHCR salue d’une part le gouvernement du Niger pour sa politique « de portes ouvertes » vers les personnes déplacées de force entrant au Niger et d’autre part la population locale pour accueillir et partager ses peu de ressources avec un nombre croissant de réfugiés.

L’UNHCR et tous les acteurs humanitaires expriment leurs plus grandes préoccupations au regard des violences au Nigéria et en particulier de celles au niveau du Lac Tchad.
Ils appellent l’ensemble des belligérants à épargner les vies et les biens de la population civile et à respecter les conventions internationales sur la conduite des conflits armés. Il est également nécessaire que la communauté internationale se mobilise et vienne en aide à la population déplacée et aux habitants de la région de Diffa lesquels, malgré une pauvreté rampante, la désertification et une crise alimentaire qui se profile, accueillent leurs voisins du Nigeria.

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