Les réfugiés maliens au Niger s'habituent à l'exil et attendent la stabilité pour rentrer

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from UN High Commissioner for Refugees
Published on 08 Mar 2013 View Original

Mangaizé, Niger, 8 mars (HCR) – En cette Journée Internationale de la Femme, Tidine Walet, réfugiée malienne au camp de Mangaizé au Niger, a mis les plus beaux habits qu'elle a pu emporter dans sa fuite en exil depuis le Mali vers le Niger.

« Cette journée est très particulière pour nous les femmes car elle rappelle aux hommes que nous avons des droits », commente-t-elle en scrutant les hommes assis sur une natte à l'intérieur de son abri.

D'un regard autoritaire malgré son âge avancé, Tidine Walet Al Hassan, octogénaire, inspire beaucoup de respect. Elle est une source d'inspiration et de sagesse. Même sous un soleil de plomb dans un abri de fortune pour se protéger contre le soleil, les habitants du camp de Mangaizé, sages y compris, viennent passer un moment avec elle.

Son vœu le plus ardent est que la paix revienne au nord du Mali pour qu'elle, et tous les autres réfugiés puissent retourner dans leur pays. « J'ai appris que la paix revient petit à petit, nous avons hâte de retrouver les nôtres qui sont restés au Mali », dit-elle résolument après quelques minutes de silence.

La douleur se lit encore dans le visage plein de rides de Tidine Walet quand elle raconte les difficultés qu'elle a rencontrées pendant sa fuite du centre de Meneka au nord du Mali l'année dernière.

« Je me suis cachée dans la brousse à côté de la gare de Meneka au moment où mes petits-enfants sont allés chercher une charrette pour me transporter jusqu'au taxi de brousse », explique-t-elle en montrant ses jambes fatiguées qui ne peuvent plus supporter son corps.

« J'ai payé 19 000 francs CFA pour traverser la frontière nigérienne avec mes trois petits enfants. Ce conflit a couté la vie de beaucoup de gens », a-t-elle expliqué d'un air pensif, en ajoutant qu'elle s'est échappée de justesse, poursuivie par une moto lors de sa fuite au Niger.

« C'est une journée qui nous rappelle les différentes fêtes que nous organisions au pays », explique Abidin Algalass avec nostalgie. C'est l'un des sages qui ont suivi la conversation.

« Elle signifie que les femmes ont aussi des droits au même titre que les hommes. Les femmes ne doivent pas être battues par les hommes comme c'est le cas souvent », renchérit Aminata Wallet Issafeitane, l'une des femmes responsables dans le camp de Mangaizé.

Les réfugiés du camp de Mangaizé comme tous les autres réfugiés vivant au Niger ont célébré avec faste cette journée. Les femmes du village se sont jointes à eux pour donner plus de couleur avec leur tam-tam. A cette occasion, le Préfet de la ville de Ouallam, Adamou Namata a encouragé « la discrimination positive » dans le camp de Mangaizé.

Il a recommandé de favoriser les femmes dans l'attribution des responsabilités pour arriver à un équilibre hommes-femmes, surtout que les femmes représentent 51 % de la population du camp, comme il le souligne. Il a aussi promis le déploiement des femmes policières à l'unité de sécurité du camp pour s'occuper au quotidien des cas de violences faites aux femmes.

« En tant que membre de la communauté internationale, le HCR se doit de contribuer à la lutte contre la violence à l'encontre des femmes et à la promotion des comportements qui respectent les droits de la personne humaine », indique Jean Bosco Nimubona, Chef du bureau a.i du HCR à Ouallam.

Cette manifestation exceptionnelle était aussi une occasion de confirmer l'aménagement d'un espace pour les femmes qui sera construit dans le camp. Elles pourront s'y réunir et discuter de leurs problèmes.

Le Niger héberge environ 50 000 réfugiés maliens dans trois camps, deux sites de réfugiés et en milieu urbain. Le Gouvernement nigérien, le HCR et ses partenaires assurent l'assistance et la protection internationale, avec le soutien des bailleurs de fonds en attendant des solutions durables, notamment le retour dans leur pays quand la situation le permettra.