Investir dans l’agriculture au Niger pour combattre la pauvreté

Report
from World Bank
Published on 01 Nov 2013 View Original

LES POINTS MARQUANTS

  • Le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde, doit faire face à des chocs climatiques extrêmes

  • Face à l’adversité, le pays a cependant démontré sa capacité de résilience

  • Le Niger et la Banque mondiale célèbrent cette année 50 ans de partenariat

NIAMEY, Le 1 novembre 2013-- Représentant de la Banque mondiale au Niger, Nestor Coffi évoque les grands défis de développement du Niger, vaste pays de la zone sahélienne, au taux de croissance démographique parmi les plus élevés de la planète (3,4%)

Question : Dans quelques jours, Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale et Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, effectueront conjointement une visite dans la région du Sahel et notamment au Niger. Que représente cette visite pour vous ?

Nestor Coffi : En tant que représentant résident de la Banque mondiale au Niger, cette visite est avant tout une célébration. Parce que, bon an, mal an, le Niger, subit des chocs extraordinaires d’une envergure inimaginable auxquels il parvient à résister. Le pays doit faire face à des chocs climatiques extrêmes tels que la sècheresse ou lorsqu’il pleut suffisamment, il subit des inondations qui provoquent des dégâts considérables sur les plans matériel et humain (cette année, les inondations ont déjà fait 15 victimes). Ajoutons à cela, le péril acridien. Depuis la grande crise acridienne de 2004-2005, la Banque et d’autres partenaires, ont mis en place des programmes pour mitiger ses risques et d’atténuer et empêcher des migrations des criquets vers le sud.

Au-delà de ces catastrophes naturelles, le pays est également confronté à un défi sécuritaire émanant des pays frontaliers comme la Lybie et le Mali.

La visite des dirigeants de la Banque mondiale, des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Banque africaine de développement constitue donc pour nous une célébration car le Niger a fait, face à l’adversité, la démonstration de sa capacité de résilience.

Quels sont les grands défis de développement auquel le Niger reste confronté ?

Sur un plan purement militaire, l’instabilité de la région (comme on l’a vu récemment au Mali) s’est traduite par un transfert de ressources qui auraient pu être consacrées au développement économique. Ceci a un prix. Les autorités nigériennes l’expliquent en ces termes : ‘au lieu de donner de la nourriture aux enfants pour améliorer leur état nutritionnel, il a fallu acheter des cartouches et équiper l’armée pour veiller aux frontières du pays’. Il s’agit donc d’un dilemme terrible.

Les ressources propres du pays ne peuvent pas absorber tous ces chocs. Donc, l’apport de la communauté internationale est indispensable non seulement pour contenir les effets des crises, qu’elles soient alimentaires ou sécuritaires, mais aussi construire l’avenir. La communauté internationale a pris conscience que des pays comme le Niger apparaissent comme des orphelins de l’aide. La moyenne de l’aide au Niger est de 43 dollars par habitant ce qui est faible étant donné les besoins incommensurables du pays.

Comment la Banque mondiale participe-t-elle au développement du Niger ?

Le Niger et la Banque mondiale vont célébrer cette année un partenariat de 50 ans. Ces dernières années, la Banque a fait des efforts considérables : en 2010, les engagements de la Banque mondiale au Niger tournaient aux alentours de 300 millions de dollars. Aujourd’hui, le portefeuille représente à peu près 800 millions de dollars. Mais cela ne suffit pas et nous avons d’autres partenaires comme le système des Nations Unies qui interviennent sur les crises et aussi sur le développement au quotidien.

Mais, il me semble important de souligner que le développement, ce n’est pas simplement des chiffres. Car derrière ces chiffres se cachent des réalités humaines. La population nigérienne est à 80% agricole au sens économique du terme mais aussi social.

Comme me le disait en juillet 2012, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, à l’occasion du Forum des investisseurs à Londres: « le chemin le plus rapide pour réduire la pauvreté dans nos pays, en particulier au Niger, c’est l’agriculture ». En investissant dans ce secteur, on touche le maximum de populations atteintes par la pauvreté extrême (le taux de pauvreté au Niger est de 48%) donc nos programmes sont orientés sur le développement communautaire et l’agriculture. Par exemple, nous sommes en train de prendre des dispositions pour distribuer des kits agricoles à travers le Programme PAC 3 afin de permettre aux producteurs agricoles d’améliorer leur productivité. Il s’agit d’une réponse concrète à l‘insécurité alimentaire.

Nous avons également investi 70 millions de dollars dans des programmes de filets sociaux. Une grand partie de ce financement est directement transmis aux ménages et cible les femmes. Car la pauvreté, au Niger, a un visage essentiellement féminin et surtout parce que, lorsque les crises alimentaires se produisent, les hommes quittent ces zones pour aller vers les pays forestiers vers le sud. Femmes et enfants se retrouvent alors livrés à eux-mêmes et subissent de plein fouet l’impact de ces crises alimentaires. En transférant l’équivalent de 20 dollars par mois pendant 18 mois à plus de 100 000 femmes, on leur donne les moyens de sortir de l’extrême pauvreté pour démarrer une activité économique.

Le Niger a l’une des populations les plus jeunes au monde. Comment créer des emplois pour ces jeunes ?

Nous sommes en plein dans le sujet. La jeunesse est la fraction la plus importante de la population. Or, une jeunesse désœuvrée pourrait devenir une bombe à retardement. Nous avons mis en place un programme de renforcement des compétences pour les jeunes avec une allocation de 30 millions de dollars. Entré en vigueur début octobre, ce programme vise à l’employabilité des jeunes. Il s’agit de transformer le niveau de connaissance de la jeunesse dans des filières biens spécifiques comme l’agriculture ou l’hôtellerie, le but étant de donner aux jeunes des opportunités à travers des stages et des formations d’un certain niveau. Toute la jeunesse en bénéficiera soit directement ou indirectement car même si l’enveloppe ne permet pas d’intégrer tout le monde, le programme va bâtir un observatoire de l’emploi, qui sera chargé de suivre la progression des jeunes lorsqu’ils sortent du système scolaire.

La Banque mondiale contribue à financer le barrage de Kandadji. La construction de ce barrage hydroélectrique pourra-t-elle transformer le pays ?

Effectivement, Kandadji traduit un vieux rêve des Nigériens. L’agriculture étant tributaire des aléas climatiques, le seul moyen pour sortir le Niger de la « loterie agricole » est de parvenir à maîtriser l’eau: ce barrage sur le fleuve Niger s’avère une solution immédiate. La production nationale d’électricité n’est pas à la hauteur des besoins du pays et les délestages sont fréquents. Le barrage fournira de l’énergie pour booster l’économie nationale et attirer le secteur privé. L’eau maitrisée va alimenter le périmètre irrigué (42 000 hectares de terres) et améliorer la productivité agricole. Grace à l’irrigation, le pays pourra se donner les moyens de vaincre la malnutrition. Outre le volet énergétique et le volet agricole, il existe un troisième volet tout aussi important : il s’agit du développement communautaire. Car les femmes et les jeunes vivant dans cet espace, vont se voir offrir des opportunités directes d’emplois.