La sécheresse s’aggrave dans les pays du Sahel, menaçant des millions d’Africains
WASHINGTON, le 31 mai 2012 — Plus de 17 millions de personnes sont menacées de famine dans la région sahélienne de l’Afrique de l’Ouest, un territoire qui s’étend au sud du Sahara. Une conjugaison de facteurs est à l’origine de cette crise : sécheresse due à un déficit de précipitations en 2011, pénurie de denrées alimentaires, prix élevés des céréales, atteintes à l’environnement et présence d’un grand nombre de réfugiés internes.
« Entre 1998 et 2010, nos récoltes étaient florissantes et le bétail donnait beaucoup de lait », explique Fatimata Diallo, responsable d’une coopérative locale d’agriculteurs dans le village mauritanien de Toulel Dierri. « Mais depuis 2011, nos conditions de vie sont devenues extrêmement précaires ».
La Mauritanie, le Niger, le Mali, le Tchad et le Burkina Faso sont les plus durement frappés. Ces pays connaissent une situation de stress alimentaire et la plupart des mécanismes de riposte locaux ont déjà été actionnés. Selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS Net) de l’USAID, le niveau d’insécurité alimentaire atteindra son pic entre juillet et septembre 2012.
Les autorités mauritaniennes, maliennes et nigériennes ont déjà déployé des plans d’urgence et les Nations Unies ont lancé leur procédure d’appel global, un instrument qui permet aux organismes d’aide de lever des fonds à des fins humanitaires. La communauté internationale se mobilise, avec notamment plus de 120 millions de dollars alloués au titre de l’aide d’urgence par l’Union européenne, des campagnes mondiales d’appel à la générosité par plusieurs organisations non gouvernementales et, récemment, la constitution d’une Alliance mondiale pour l’action en faveur de la capacité d’adaptation à la sécheresse et de la croissance, à l’initiative de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).
Le Groupe de la Banque mondiale réagit aussi, en adaptant ses projets pour redéployer au mieux l’assistance dont bénéficie déjà le Sahel. Dans les pays les plus touchés, il faut nourrir les familles dans le besoin et leur apporter une aide humanitaire supplémentaire.
« Les sécheresses sont en général particulièrement éprouvantes pour les plus pauvres, quelle que soit la région, car ils sont démunis face au changement climatique », analyse Jamal Saghir, directeur du département Développement durable pour la Région Afrique de la Banque mondiale. « Au Sahel, les pauvres et les personnes déplacées à la suite d’un conflit sont les plus durement frappés ».
Les conflits récents au Mali et au Niger ont contraint plus de 300 000 personnes à fuir leur foyer, beaucoup trouvant asile dans des camps de réfugiés dans des pays voisins. Ces mouvements de population ont aggravé une situation déjà tendue et des milliers de personnes supplémentaires se retrouvent ainsi menacées de malnutrition. Les circuits traditionnels de pâturage ont été désorganisés et bon nombre de marchés locaux ont dû fermer à cause des conflits, ce qui pourrait avoir des conséquences durables pour la sécurité alimentaire dans la région.
La dernière édition du rapport de la Banque mondiale Food Price Watch met par ailleurs en garde contre des prix alimentaires stationnaires ou en hausse, les récoltes au Sahel ayant été retardées par une météorologie capricieuse. Même si les familles pouvaient acheter de quoi se nourrir au lieu de compter sur leur propre production, la difficulté d’accès aux marchés contraindrait l’accessibilité, poursuit le rapport.
« Avec l’augmentation des prix des denrées de base, la précarité gagne du terrain », observe un autre membre de la coopérative de Toulel Dierri. « Cette année, nous avons dû placer nos filles comme domestiques à la ville, pour leur assurer au moins deux repas par jour ».
En un rien de temps, affirment les membres de la coopérative, leur communauté est passée d’une agriculture à relativement grande échelle à une agriculture familiale de subsistance.
L’action de la Banque mondiale La Banque mondiale se mobilise à court terme pour répondre aux besoins sur le front de la sécurité alimentaire et, à plus long terme, pour renforcer la résistance de la région du Sahel aux sécheresses. Pour cela, elle passe en revue tous les programmes en place afin d’évaluer quels moyens affecter à la crise actuelle. Cela devrait garantir une allocation rapide des ressources nécessaires mais aussi une meilleure adaptation des projets en cours, surtout en matière de filets de protection sociale, afin de permettre une résistance durable aux sécheresses.
« Améliorer la résilience à la sécheresse est le premier objectif de nos interventions », souligne Doekle Wielinga, responsable de l’équipe Gestion du risque de catastrophes pour la Région Afrique. « La Banque mondiale s’y attèle en renforçant les filets de protection sociale qui aident les ménages à augmenter leurs ressources et à accroître leurs capacités de résistance aux chocs climatiques. Nous finançons par ailleurs des projets de développement agricole pour une gestion des terres optimale et durable ».
Au Niger par exemple, la Banque mondiale lance un projet d’action communautaire pour la résilience climatique et un projet de filets de protection sociale à plus grande échelle pour améliorer l’accès des pauvres et des personnes en situation d’insécurité alimentaire à des programmes de transferts monétaires et de travail contre rémunération.
En Mauritanie, un programme de développement en faveur de l’agriculture irriguée devrait augmenter la sécurité alimentaire grâce à la généralisation d’une irrigation durable et la diversification des cultures et des activités des fermiers.













