Les humanitaires doivent adopter un nouvel état d'esprit et répondre à la crise économique mondiale en promouvant une culture de la prévention
A l'occasion du lancement du Rapport sur les catastrophes dans le monde 2009, Bekele Geleta, secrétaire général de l'organisation, a déclaré que les organismes d'assistance devaient investir davantage dans des mesures de prévention performantes en termes de coût-efficacité, plutôt que dans de dispendieuses interventions d'urgence.
Avec des budgets au mieux incertains, compte tenu de la conjoncture globale défavorable, la combinaison de l'alerte précoce et de l'action anticipée, un concept opérationnel relativement novateur, sauvera comparativement davantage de vies humaines, notent les auteurs de cette nouvelle édition du rapport publié chaque année depuis 1983.
"Une étude a démontré que l'argent public a un "impact" humanitaire quatre fois plus élevé si on le consacre à des efforts de préparation et de protection plutôt qu'à des opérations d'urgence une fois que la catastrophe s'est effectivement produite", observe Bekele Geleta.
"Les projections de PIB étant pour la première fois en recul depuis la Deuxième Guerre mondiale, et compte tenu des menaces associées au changement climatique, l'investissement dans les activités préventives représente aujourd'hui le moyen le plus efficace de sauver des vies tout en préservant les acquis du développement", poursuit-il.
Récemment, dans la phase préparatoire du G20, la Banque mondiale a d'ailleurs estimé que la récession allait donner un sérieux coup de frein à la baisse de la mortalité infantile dans les pays en développement et qu'on risquait d'enregistrer jusqu'à 400 000 décès supplémentaires par an.
Consciente de tous ces défis, la Fédération internationale consacre une part croissante de son Fonds d'urgence pour les secours en cas de catastrophe (DREF), dont les ressources annuelles se chiffrent aujourd'hui à plus de 15 millions de dollars, à des programmes de préparation et de réduction des risques.
En 2008, notent les auteurs du Rapport sur les catastrophes dans le monde, les phénomènes 'hydrométéorologiques' liés au changement climatique - inondations, tempêtes, vagues de chaleur et sécheresses - ont absorbé 60 pour 100 des allocations du Fonds.
En juillet, la Fédération internationale a lancé le premier appel de son histoire intégralement axé sur des mesures de prévention. D'un montant de 750 000 dollars des Etats-Unis, il se fondait sur des prévisions météorologiques saisonnières suggérant un risque élevé d'inondations en Afrique australe, prévisions qui se sont avérées parfaitement exactes.
En Haïti, les ouragans tropicaux - Fay, Gustav, Hanna et Ike - qui se sont succédés dans les Caraïbes en 2008 ont fait un nombre considérable de victimes, mais le bilan aurait été beaucoup plus lourd encore sans la combinaison 'alerte précoce, action anticipée'. Les volontaires de la Croix-Rouge, presque toujours prévenus assez tôt, ont travaillé jour et nuit avant et après le passage des tempêtes, organisant l'évacuation des communautés les plus exposées, conduisant des opérations de recherche et de sauvetage, administrant les premiers secours aux blessés et distribuant des articles d'urgence, en dépit d'un cruel manque de moyens pour diffuser les messages d'alerte.
Mohammed Omer Mukhier, responsable des politiques et de la préparation aux catastrophes à la Fédération internationale, affirme que le concept 'alerte précoce, action anticipée' est autant un état d'esprit qu'un modèle opérationnel. "Il met en lumière l'importance cruciale de la prévention", commente-t-il. "En nous attaquant aux risques avant qu'ils ne se transforment en catastrophes, nous pouvons être beaucoup plus efficaces."
"Dans cette optique, nous devons mettre à profit le savoir-faire et les ressources existants en vue de recentrer la 'réponse aux catastrophes' sur la prévention. En nous engageant parmi les communautés vulnérables avant - et non pas après - les crises, nous pouvons les aider à agir pour minimiser les pertes humaines et économiques", ajoute-t-il.
"Les bailleurs de fonds devraient soutenir la révision permanente des plans d'urgence et l'approvisionnement régulier de stocks de secours dans des endroits stratégiques en se fondant sur les données de l'alerte précoce", note Maarten Van Aalst, directeur adjoint du Centre Croix-Rouge et Croissant-Rouge sur le climat à La Haye et auteur d'un chapitre du rapport.
Le rapport note toutefois que l'action anticipée n'est pas toujours possible.
Au Myanmar, par exemple, où le cyclone Nargis a fait quelque 138 000 morts l'année dernière, une topographie hostile et l'absence quasi totale d'infrastructure et de moyens de communication excluaient de facto l'évacuation des communautés menacées.
De même, alors qu'on peut parfaitement préparer les communautés exposées à des tremblements de terre comme celui qui, en mai dernier, a tué presque 88 000 habitants de la province chinoise du Sichuan, des séismes aussi soudains demeurent néanmoins très difficile à prévoir.
Ensemble, ces deux catastrophes ont été responsables de 93 pour 100 du total de la mortalité liée aux catastrophes en 2008, souligne le rapport.
Le séisme du Sichuan a fait près de 46 millions de sinistrés, des inondations à grande échelle aux Etats-Unis ont touché quelque 11 millions de personnes, et la sécheresse en Thaïlande a affecté une dizaine de millions d'habitants.
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