Les délégations s’inquiètent de l’impact des divergences entre les pouvoirs législatif et exécutif sur le développement et la reconstruction d’Haïti

Report
from UN Security Council
Published on 08 Mar 2012 View Original

CS/10572

Conseil de sécurité 6732e séance – matin

Soulignant les efforts déployés dans les domaines de la reconstruction et de la sécurité depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, nombre des 25 délégations qui se sont exprimées, ce matin, lors d’un débat du Conseil de sécurité consacré à Haïti, se sont déclarées inquiètes de l’affrontement constant entre l’exécutif et le législatif, ainsi que des tensions au sein de l’exécutif, qui ont conduit à la démission, le 24 février dernier, du Premier Ministre Garry Conille, après seulement quatre mois d’exercice du pouvoir.

Trois semaines après la mission qu’il a menée dans le pays, du 13 au 16 février, le Conseil de sécurité avait au préalable entendu un exposé du Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), M. Mariano Fernandez.

De nombreuses délégations ont exhorté le Gouvernement à prendre en main le processus de relèvement et de développement d’Haïti, jugeant nécessaires des mesures difficiles pour éviter que le manque de volonté politique et la résistance profonde à la réforme en Haïti ne continuent d’entraver l’essor du pays.

Considérant que les troubles politiques sont responsables d’une chute de 4% d’une croissance 2011 initialement estimée à 11%, le Représentant spécial, qui présentait le dernier rapport* du Secrétaire général sur la MINUSTAH, a invité les acteurs politiques à s’unir, afin que les prévisions de 8% pour 2012 soient atteintes.

Les délégués ont, pour leur part, tous souhaité, dans l’intérêt supérieur du peuple haïtien, que la nomination du nouveau premier ministre, M. Laurent Lamothe, soit avalisée.

Le représentant de la Chine a estimé que la réconciliation était la clef pour maintenir la paix et la stabilité et a exhorté le Gouvernement à prendre ses responsabilités, afin, notamment de promouvoir l’état de droit et de renforcer les institutions nationales, pour attirer des investisseurs et créer des emplois.

Dans le même esprit, le délégué de l’Inde a jugé que la réconciliation politique était une priorité pour mettre sur pied une administration efficace qui saurait promouvoir un développement économique et sociale.

Illustrant la fragilité de la situation économique et sociale, le Chef de la MINUSTAH a rappelé que 8 millions d’Haïtiens sur 10 vivaient sans électricité et avec moins de deux dollars par jour, alors que moins de 200 000 personnes, sur une population active de 4,2 millions, disposent d’un emploi stable. Il a aussi noté que 515 000 déplacés n’avaient toujours pas pu être relogés.

Dans le domaine de l’appropriation par les autorités nationales et du retrait futur de la MINUSTAH, les représentants de la France et des États-Unis ont estimé prioritaire de consacrer à la Police nationale d’Haïti (PNH) les moyens de prendre en charge progressivement la sécurité du pays, appelant la Mission à évoluer de manière graduelle et responsable vers un départ dans les meilleures conditions.

Si le représentant du Pakistan a affirmé que le retrait progressif de la MINUSTAH devait s’accompagner de progrès positifs et réels sur le terrain, celui de l’Inde a ajouté que la restructuration de la Mission devait être basée sur l’amélioration générale de la situation sécuritaire et la stabilisation de la situation économique et politique.

Réagissant à de nombreux appels exhortant Haïti à s’approprier la reconstruction, le représentant d’Haïti a espéré que ce retrait se ferait de concert avec son gouvernement, lorsque la communauté internationale aura constaté que la PNH et le pouvoir judiciaire auront atteint la maturité voulue pour faire avancer le pays et lorsque le développement aura été enclenché.

Dans ce contexte, le Chef de la MINUSTAH a annoncé la formation de 6 000 policiers supplémentaires d’ici à 2016 qui s’ajouteront aux 18 000 policiers en fonctions, qui demeurent insuffisants actuellement pour assurer la sécurité de 10 millions d’habitants, alors que des anciens militaires viennent de défier le nouveau Gouvernement en prenant possession de casernes.

Plusieurs orateurs ont également appelé à la mise en œuvre d’une politique de tolérance zéro concernant d’éventuels abus que pourraient commettre des agents de maintien de la paix. Le représentant de l’Uruguay a indiqué que son pays avait donné suite à un cas grave d’abus sexuels en saisissant sa justice pénale qui examine l’affaire en coopération durable avec les autorités haïtiennes et le Secrétariat de l’ONU dans le souci de rendre justice en toute régularité.

*S/2012/128