Le résultat des législatives suspendu à 3.000 voix

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from Agence France-Presse
Published on 10 Oct 2013

10/10/2013 18:46 GMT

Par Anne LE COZ

CONAKRY, 10 octobre 2013 (AFP) - Douze jours après les législatives en Guinée, le résultat était toujours attendu jeudi, suspendu à celui de Matoto, quartier populaire de Conakry et circonscription clé où l'opposition dispose d'une avance de 3.000 voix .

A ce jour, 37 sièges sur 114 ont déjà été attribués à l'issue du scrutin uninominal. Il ne manque plus que celui de Matoto, première circonscription du pays avec 440.000 inscrits. 76 autres sièges seront affectés à la fin du processus, selon la proportionnelle au plus fort reste, ce qui complique toute projection.

09H30 (locales et GMT): la salle de la mairie de Matoto où les votes sont comptés et recomptés jour et nuit, est vide. Procès-verbaux, bouteilles vides, tasses à café traînent partout. Dans l'entrée du bâtiment, dans les couloirs, des tas d'ordures, envahis par les mouches, pourrissent dans la moiteur de Conakry.

Depuis deux jours, la tension monte à Matoto, dernière circonscription sur 38 à publier ses résultats, et les incidents se multiplient.

Mercredi, après 11 jours d'un travail fastidieux, les représentants du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, au pouvoir) "découvrent" que l'assesseur de l'opposition était candidat au scrutin de liste. Tollé général.

"Comment l'assesseur de l'opposition pouvait-il être un candidat?", s'insurge Mme Djenabou Camara, commissaire à la Commission électorale nationale indépendant (Céni), qui évoque une "crise de confiance".

"D'abord, ce n'est pas interdit par le code électoral, et ensuite, cela fait 12 jours que vous le savez", l'interrompt le nouvel assesseur, Bella Barry, désigné dans l'urgence par l'Union des Forces républicaines (UFR, opposition).

11H00: "On a pris un peu de retard avec cette histoire", dit benoîtement le rapporteur de la Commission électorale locale, Antoine Koulé-Cé. "Surtout que Madame la Commissaire nous a demandé de classer les 1.600 procès-verbaux par bureaux de vote et par quartiers, mais il nous en manque..."

Dans cette circonscription-clé, les pressions sont fortes. Le président de la Commission administrative de centralisation des votes (CACV), le magistrat Victorien Rahba, les dément, mais le délégué du Parti de l'Unité et du Progrès (PUP, centriste), Facinet Conté, confie avoir été "étonné" de voir "passer tant de hautes personnalités ici".

"Nous avions bien démarré en début de semaine (dernière), on avançait bien dans une bonne ambiance. Et puis tout a commencé à se crisper quand les données du scrutin uninominal ont confirmé la victoire de l'UFR", relève-t-il.

"Enjeux trop importants"

11H20: Un nouveau commissaire de la Céni arrive. Costume bleu nuit et cravate assortie, Etienne Soropogui, explique que l'assesseur de la mouvance présidentielle a "déposé des réclamations". "Ils veulent vérifier que les chiffres enregistrés sont bien les réels. Ils ont un doute...".

Dans son coin, M. Koulé-Cé, casquette blanche vissée sur la tête, maugrée: "Ils disent que les chiffres, 3.000 voix d'avance pour l'opposition, pourraient ne pas être vrais. Qu'ils apportent les procès-verbaux, quelque chose qui explique leurs doutes!".

Problème: le délégué du RPG "n'est pas venu ce matin".

11H30: Assis dans un profond canapé, le président Rahba, qui a troqué le costume noir des premiers jours contre un pantalon en toile et une chemisette, dit "attendre la venue du directeur du service juridique de la Céni". Il veut être certain de pouvoir reprendre le travail en l'absence de l'assesseur du RPG. "Les enjeux sont trop importants" explique-t-il à l'AFP.

Debout depuis "déjà deux heures" sur le perron, Margaret Anamimyi, jusque là stoïque, commence à s'agacer. Venue du Kénya, cette experte électorale auprès de l'ONU souhaiterait "que le président suspende et reconvoque tout le monde pour l'après-midi".

11H45: L'assesseur du RPG, Satigui Diakité, arrive enfin. Visage fermé, il dit avoir été "retardé par les embouteillages", provoquant les rires.

Les deux observateurs de l'Union européenne, un Français et une Espagnole, qui suivent le feuilleton Matoto depuis 12 jours, restent imperturbables. "Nous observons, nous n'intervenons pas, ce n'est pas notre mandat", répètent-ils, ordinateur sur les genoux.

12H05: L'assemblée peut enfin gagner la salle de décompte. Le président Rahba s'"excuse pour le retard", fait l'appel.

13H30: Les travaux de la 13ème journée n'ont toujours pas repris, la mouvance présidentielle ayant déposé de nouvelles requêtes.

Selon un expert, Matoto devra "très probablement" continuer ses travaux vendredi.

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