La peur et l'ignorance favorisent la propagation d'Ebola

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from IRIN
Published on 12 Jun 2014 View Original

DAKAR, 12 juin 2014 (IRIN) - L'épidémie d'Ebola qui semblait faiblir en Afrique de l'Ouest est à nouveau en recrudescence. Les autorités attribuent cette rechute à l'ignorance et au manque d'expérience dans la lutte contre le virus.

Pierre Formenty, technicien à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) spécialisé dans le virus Ebola, a profité d'une récente conférence de presse à Genève pour expliquer cette recrudescence. M. Formenty a alerté les journalistes sur le fait qu'Ebola faisait son apparition dans des pays d'Afrique de l'Ouest qui n'avaient encore jamais été confrontés à ce virus et ne disposaient d'aucun mécanisme pour y faire face.

Ces dernières semaines, les experts avaient pourtant l'impression que l'épidémie en Afrique de l'Ouest, qui a probablement commencé en décembre, mais n'a été détectée qu'en mars, commençait à perdre de vitesse. Aucun nouveau cas n'avait été confirmé au Liberia depuis début avril, par exemple.

L'espoir de mettre bientôt fin à l'épidémie s'évanouit

L'optimisme des experts s'est estompé fin mai. Le virus a commencé à s'étendre à de nouvelles régions de Guinée, où plus de 200 décès liés à Ebola ont depuis été confirmés. Neuf décès ont été signalés au Liberia et 12 en Sierra Leone, où la situation est particulièrement grave dans la région de Kailahun, dans l'est du pays, selon les autorités sanitaires. La majorité des plus de 430 cas suspects ou confirmés ont été signalés dans les régions boisées du sud-est de la Guinée, où l'épidémie a été détectée.

Le virus Ebola, connu auparavant sous le nom de fièvre hémorragique Ebola, frappait généralement les pays d'Afrique centrale ou de l'est. Les épidémies les plus graves ont eu lieu en Ouganda, en République du Congo et en République démocratique du Congo. Le Soudan du Sud et le Gabon ont également été touchés. D'après les statistiques de l'OMS, entre 1976 et 2012, le virus Ebola a fait près de 1 600 morts en Afrique subsaharienne.

L'Afrique de l'Ouest fait connaissance avec Ebola

Le seul cas de maladie ressemblant au virus Ebola en Afrique de l'Ouest était celui d'une ethnologue en Côte d'Ivoire, infectée lors de l'autopsie d'un chimpanzé sauvage. L'ethnologue avait développé des symptômes évoquant Ebola et avait été évacuée en Suisse, où elle s'était rétablie.

M. Formenty soupçonne que d'autres épidémies d'Ebola ont déjà eu lieu en Afrique de l'Ouest, mais qu'elles n'ont pas été identifiées en tant que tel. Selon lui, le manque d'expérience est révélateur. « Je pense que le fait que ce soit la première fois que cela se produit en Afrique de l'Ouest ne joue pas en notre faveur, car la population ne comprend pas vraiment que cette épidémie peut durer encore longtemps si tout le monde ne donne pas un coup de main. »

Des réponses différentes

Selon Antoine Gauge, directeur adjoint des programmes d'urgence de Médecins Sans Frontières (MSF) à Genève, la communauté internationale a été alertée d'une éventuelle épidémie d'Ebola avec un retard notable en raison du manque de familiarité avec le virus. La maladie a donc eu le temps de se propager sans être détectée pendant des mois, ce qui fait qu'il est bien plus difficile maintenant d'en arrêter la transmission.

MSF aide les autorités guinéennes, libériennes et sierra-léonaises à combattre l'épidémie. Environ 200 employés de MSF travaillent sur Ebola et l'organisation a envoyé près de 60 tonnes d'équipement dans la région.

M. Gauge avertit cependant que les travailleurs humanitaires tentent encore de rattraper leur retard après ce démarrage tardif.

M. Gauge souligne la différence entre la situation en Afrique de l'Ouest et celle du Congo, où les autorités connaissent Ebola depuis plus de 30 ans.

Les leçons à tirer du Congo

« Quand un cas est suspecté dans un centre de santé du Congo, ou qu'une personne décède suite à des symptômes rappelant Ebola, notamment des saignements ou autres, une alerte est immédiatement lancée », a expliqué M. Gauge.

« Le centre de santé contacte le ministère de la Santé au niveau régional et nous sommes également informés. Cela se fait dans les deux jours. En Afrique de l'Ouest, il n'y a pas ce savoir-faire. »

Au contraire, le virus a circulé pendant des mois sans que personne ne fasse de dépistage d'Ebola, qui présente des symptômes similaires à d'autres fièvres hémorragiques communes en Afrique de l'Ouest.

Ebola est une maladie hautement contagieuse et fatale dans 90 pour cent des cas. Il n'existe pas de vaccin contre ce virus qui ne peut pas être soigné, même si un traitement peut augmenter les chances de survie des personnes infectées.

Il existe par contre des recommandations en matière de prévention. Les consignes de l'OMS soulignent par exemple le besoin d'éviter les contacts physiques non protégés avec les patients atteints d'Ebola et la nécessité pour les personnes présentant des symptômes d'infection de consulter dès les premiers signes de maladie.

Difficultés d'acceptation du traitement

Selon M. Formenty, l'épidémie actuelle prend à nouveau de l'ampleur, au moins dans certaines régions, car les familles ne signalent pas les infections aux autorités ou refusent les soins.

M. Formenty a cité l'exemple de familles en Sierra Leone qui retirent leurs proches des salles de quarantaine et les ramènent chez eux pour éviter qu'ils ne soient transférés à un hôpital à environ 150 kilomètres.

Les équipes médicales doivent se montrer attentives

Selon M. Fomenty, les autorités locales et les travailleurs sanitaires internationaux devraient se montrer plus sensibles aux décisions difficiles auxquelles les proches des malades se trouvent confrontés et devraient être plus disposés à expliquer pourquoi la mise en quarantaine peut être nécessaire. M. Formenty a appelé à une communication plus franche et demandé aux équipes médicales impliquées dans la recherche de contacts, qui dépistent les éventuelles transmissions d'Ebola, d'être plus accessibles, de se présenter aux villageois et d'expliquer leurs activités avant de commencer leur travail, pour éviter des malentendus pouvant générer la méfiance.

Trouver une solution ouest-africaine

Daniel Bausch, directeur du département d'infections émergentes du Centre de recherches médicales de la marine américaine au Pérou, a remarqué que la résistance au traitement en Afrique de l'Ouest était commune et compréhensible dans toutes les épidémies d'Ebola.

M. Bausch a souligné l'impact terrifiant que pouvait avoir sur les gens le fait de savoir qu'eux ou des proches pouvaient être touchés par une maladie mortelle. Il a également remarqué que comme le taux de survie du virus Ebola était si bas, de nombreuses personnes croyaient à tort que le traitement, et non la maladie, était responsable des décès.

Pour M. Bausch, ces problèmes sont habituels dans d'autres épidémies, mais certains facteurs compliquent la situation en Afrique de l'Ouest. L'ampleur géographique du problème rend les interventions plus difficiles et plus couteuses. Chaque village touché par la maladie nécessite non seulement une équipe médicale, mais une équipe supplémentaire pour rechercher les contacts. Pour cela, il faut surveiller les mouvements transfrontaliers, car les Guinéens, les Libériens et les Sierra-Léonais se déplacent facilement d'un pays à l'autre. Or les personnes chargées de la recherche des contacts ne peuvent pas forcément faire pareil et doivent parfois passer le relais à une équipe de l'autre côté de la frontière.

Malgré ces difficultés, M. Formenty, de l'OMS, a dit que les personnes luttant contre la maladie allaient l'emporter. « Nous voulons tous contrôler cette épidémie », a-t-il dit. « Nous allons contrôler cette épidémie, mais cela prendra plus de temps que prévu. »

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