Des Haïtiens persécutés en République Dominicaine après la mort de deux Dominicains

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from Groupe d'Appui aux Rapatriés & Réfugiés
Published on 25 Nov 2013

GARR (Groupe d'Appui aux Rapatriés et Refugiés)

lundi, 25 novembre 2013 22:08

347 ressortissants-es haïtiens ont été rapatriés les 23 et 24 novembre 2013 à la frontière de Jimani/ Malpasse, parmi eux 107 enfants en bas âge, dont l’un âgé de seulement trois jours, a constaté le GARR. La plupart de ces personnes s’étaient présentées dans des commissariats et casernes militaires de la zone de Neiba (sud de la République Dominicaine) pour échapper à la furie des Dominicains qui voulaient se venger de la mort de deux de leurs compatriotes tués par des voleurs qui seraient des Haïtiens. Des informations non vérifiées parlent du lynchage de plusieurs Haïtiens, mais le GARR a seulement recueilli des témoignages autour de la mort de quatre personnes originaires de la zone de Grand-Bois/Cornillon : Coyit de la localité de Toison, Michelet, Nonnonm et Sepay ainsi connus.

Quatre rapatriés ont rapporté au GARR avoir été forcés de creuser un grand trou au cimetière de Neiba où des cadavres d’Haïtiens tués avaient été par la suite enterrés. Plusieurs Haïtiens se sont barricadés à l’intérieur de leurs maisons ou chez des Dominicains amis pour se protéger. De nombreux autres sont passés par d’autres points frontaliers dans les montagnes pour rentrer chez eux. L’animateur du GARR dans la zone de Grand Bois Cornillon ainsi que les membres des trois Comités de Droits Humains dans cette zone, ont observé l’arrivée de plus d’une centaine de personnes qui ont pris la fuite pour entrer chez eux en passant par les montagnes limitrophes avec cette commune frontalière.

Le GARR déplore ces incidents malheureux qui ont occasionné la mort d’au moins six personnes (4 Haïtiens et 2 Dominicains). Il dénonce le comportement des autorités militaires et policières dominicaines qui ont procédé à la déportation de plusieurs dizaines de personnes sans défense qui étaient venues leur demander protection, sans aucune concertation avec les autorités haïtiennes pour les accueillir. Il est inconcevable que des enfants en très bas âges, des femmes sur le point d’accoucher et des nourrices soient jetées dans ces conditions à la frontière.

Ce nouvel incident survient dans un contexte difficile où les droits des immigrants haïtiens et leurs descendants sont gravement fragilisés après que des autorités dominicaines (tous les pouvoirs confondus) aient adhéré à la sentence de la Cour Constitutionnelle qui exige la dénationalisation des enfants nés de parents étrangers, la majorité de parents haïtiens en République Dominicaine. Certains Dominicains, hostiles aux Haïtiens, ont interprété cette décision comme un feu vert donné par les autorités de leur pays pour humilier et forcer tout ressortissant haïtien qu’ils ne désirent plus sur leur territoire à vider les lieux.

Le GARR condamne ces comportements qui s’attaquent à des innocents sans défense et exhorte les autorités haïtiennes à demander aux autorités dominicaines de diligenter une enquête pour que la lumière soit faite autour du dossier de l’assassinat des deux Dominicains et des lynchages d’Haïtiens qui s’en sont suivis.

Jean-Baptiste Azolin

Coordonnateur Adjoint

Bureau Exécutif du GARR