Urgence complexe dans la région du Kasaï, R.D. Congo Rapport de situation No. 6 (en date du 12 mai 2017)

Ce rapport a été produit par OCHA RD Congo en collaboration avec les partenaires au Kasaï, Kasaï Central et au Kasaï Oriental. Il couvre la période du 5 mai (date suivant la parution du Sitrep n°5) au 12 mai 2017.

Faits saillants

  • Quelque 23 700 nouveaux déplacés ont été rapportés au cours de la semaine écoulée, y compris –pour la première fois– une vague de 2 200 personnes dans la Province du Kwilu, portant le nombre de provinces de la République Démocratique du Congo (RDC) touchées par la crise à huit (sur 26).

  • L’accès à la nourriture de base et aux biens essentiels pour les déplacés et les communautés locales est fortement affecté par l’impact des conflits sur les marchés (rupture des chaines d’approvisionnement, augmentation des prix, etc.).

  • Des risques épidémiques importants sont rapportés en raison de l’effondrement du système de surveillance épidémiologique consécutif à la fuite du personnel soignant vers les grandes villes.

  • Tout en poursuivant l’expansion de l’assistance en cours dans les trois Kasaï, il est important d’améliorer la couverture des besoins humanitaires dans les autres Provinces affectées directement par les conflits (Lomami et Sankuru) ou indirectement par l’arrivée des déplacés (Haut-Lomami, Kwilu et Lualaba).

  • Afin de mobiliser des financements, le Chef de Bureau de OCHA s’est rendu en mission en Europe du 8 au 12 mai 2017 où il a rencontré divers bailleurs de fonds et partenaires.

1,3 M
Personnes déplacées internes(1)

140 404
Retournés(2)

130 000
Membres des communautés hôtes/ familles(3)

352 000
Personnes couvertes par l’assistance d’urgence en cours(4)

20 563
Congolais ayant fui vers l’Angola(5)

8 414
Congolais expulsés de l’Angola(6)

(1) Dans le contexte volatile de l’urgence complexe dans les Kasaï, les mouvements de populations sont actuellement dynamiques et complexes (avec parfois déplacements pendulaires, préventifs ou multiples). Ceci rend la distinction entre personnes déplacées et retournées présentement difficile à faire dans les Provinces du Kasaï, Kasaï Central et de la Lomami.
(2) Le nombre de retournés vaut uniquement pour les provinces du Kasaï Oriental et de la Lomami où l’accalmie rapportée dans certaines zones a permis aux déplacés internes de rentrer dans leurs zones d’origine.
(3) Ce nombre de membres des communautés hôtes/familles se réfère exclusivement aux zones qui ont bénéficié d’une évaluation des besoins.
(4) Ces personnes bénéficient d’une assistance d’urgence dans un ou plusieurs secteurs pendant au moins les deux prochains mois. Le nombre de personnes couvertes par la réponse est estimé de manière conservatrice afin d’éviter les doubles comptages, selon la méthode utilisée dans le Plan de réponse humanitaire 2017-2019.
(5) Source : UNHCR, 12 mai 2017
(6) Source : Rapports de monitoring de l’ONG AJID de janvier, février et mars 2017

Aperçu de la situation

Alors que les violences dans la région du Kasaï se poursuivent, environ 23 700 nouveaux déplacés ont été rapportés au cours de la semaine écoulée, y compris –pour la première fois– une vague de 2 200 personnes arrivées dans la Province du Kwilu, portant le nombre de provinces de la RDC touchées par la crise à huit (sur 26). En effet, dans la Province du Kasaï, quelque 17 500 habitants des aires de santé de Mukwandjanga, Kamanyonga, Mao et Kabungu (zone de santé de Kamonia) (zone de santé de Kamonia) se sont déplacés depuis le 5 mai en direction de la ville de Tshikapa et dans la brousse, suite à des affrontements entre deux factions rivales de la milice d'une part et entre la milice et un groupe d'autodéfense constitué sur une base essentiellement ethnique d'autre part. De plus, dans la Province de la Lomami, près de 4 000 personnes déplacées sont arrivées en plusieurs vagues dans la ville de Mwene-Ditu en provenance de Katshisungu. Enfin, plus de 2 200 déplacés (dont 14 enfants non-accompagnés) en provenance de la région du Kasaï sont arrivés dans la Province du Kwilu, dans les territoires de Gungu et Idiofa par vagues de 30 à 100 personnes par jour.

Les violences répétées contre les civils ont fait plusieurs centaines de morts et d’habitations incendiées ainsi que divers cas de violences sexuelles.

  • Dans la Province du Kasaï. Les alertes reçues restent alarmantes, comprenant notamment des allégations de mort de civils à Kamako. De plus, sept femmes et trois enfants fuyant l'insécurité de la localité de Kamonia ont été victimes d'abus de la part d'une dizaine d'hommes munis d'armes de guerre et de machettes aux environs du village de Muyombo (à 25 km de Tshikapa). Cinq d'entre elles auraient été tuées pour avoir refusé de se déshabiller et un enfant aurait été blessé par balle. A cela s’ajoute une attaque contre des civils dans la nuit du 8 au 9 mai 2017 à Brintshi (Territoire de Kamonia) organisée par des membres d’une ethnie rivale, qui aurait fait de nombreux morts. Les attaquants auraient notamment brûlé l’église où les personnes s’étaient réfugiées pour échapper aux violences. Au moins 20 personnes auraient été recueillies par les structures de santé locales. A noter que selon plusieurs sources fiables, la dimension interethnique du conflit s’intensifie dans la zone, avec notamment l’établissement de points de contrôle multiples entre Tshikapa et la frontière sud de la province, dans le but de nuire aux communautés minoritaires identifiées comme proches des milices. Par ailleurs, à Tshikapa, le 12 mai, un sit-in d’une ONG locale de défense des droits de l’homme qui souhaitait manifester contre les tueries de civils a été bloqué par les forces de l’ordre.

  • Dans la Province du Kasaï Central, au moins plusieurs dizaines de personnes auraient été tuées le 7 mai 2017, lors d’affrontements entre les Forces Armées de la RDC (FARDC) et les milices au niveau du marché du village de Tshisuku (Territoire de Kazumba). De plus, dans les zones de santé de Luambo et Yangala, 925 maisons auraient été brulées; et dans la zone de santé de Mshika, plus 200 maisons auraient été incendiées de même que les centres de santé de Nsalamushimba, Ngweji et Mulopo les 6 et 7 mai 2017. Un début d’accalmie est cependant perceptible à Kananga et une partie du Territoire de Dibaya, bien que la situation sécuritaire y reste précaire et tendue et que de nouveaux incidents de protection soient encore rapportés quotidiennement. Ainsi, de nombreuses alertes non-confirmées font état de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires de personnes soupçonnées de soutenir les miliciens.

  • Enfin, dans la Province de la Lomami, 76 personnes auraient été tuées et 122 maisons incendiées à Kamiji (Territoire de Miabi), suite à des affrontements entre miliciens et FARDC. Dans le Territoire de Mwene-Ditu, le conflit interethnique continue entre les groupes d’auto-défense et les communautés non originaires de la zone. Des menaces continuent à peser sur le clergé catholique dans la ville de Mwene-Ditu, qui a dû abandonner les paroisses pour se réfugier chez la population locale. En outre, le 7 mai, deux écoles primaires ont été détruites par des FARDC à Mulanga et Kimenga (Territoire de Luilu).

Au-delà de la situation préoccupante dans les trois Kasaï, une aide multisectorielle d’urgence est prioritaire dans la Province du Lualaba, notamment pour 1 086 déplacés arrivés le 6 mai en provenance de la Province de la Lomami, s’ajoutant aux 28 0000 déplacés dans le Territoire de Kapanga. Selon résultats d’une mission inter cluster organisée depuis Lubumbashi (Haut-Katanga), qui s’est rendue dans les Territoires de Kapanga et Sandoa du 20 au 28 avril, plus de 240 maisons incendiées, deux couvents catholiques et deux écoles ont été détruites dans le Territoire de Kapanga pour le seul mois d’avril. De plus, les structures médicales de la zone de santé de Kalamba (Territoire de Kalamba) sont dépourvues d’intrants depuis plus d’un mois et d’autres ont été pillées. A cela s’ajoute des préoccupations concernant la cohabitation entre les déplacés en provenance de la Province du Kasaï Central et la population autochtone de la Province du Lualaba, qui les accuse d’avoir des liens avec les milices. Dans ce sens, l’Empereur Lunda aurait mis sur pied sa propre milice et des affrontements réguliers sont rapportés à la frontière entre les deux provinces.

L’accès à la nourriture de base et aux biens essentiels pour les personnes déplacées et les communautés locales est fortement affecté par l’impact économique des conflits. En effet, la majorité des marchés locaux sur les axes routiers ne sont plus opérationnels. Depuis plusieurs mois, la rupture des chaînes d’approvisionnement principales entraine une faible disponibilité des biens essentiels. A titre d’exemple, on rapporte un manque de sel dans le Territoire de Kazumba (Province du Kasaï Central). Les prix ont augmenté dans toute la région, parfois jusqu'à 60%, y compris sur les marchés principaux de Kananga et Tshikapa. Par ailleurs, la frontière avec l'Angola, qui est le marché principal d'approvisionnement pour la Province du Kasaï, est fermée.

Des risques épidémiques importants sont rapportés en raison de l’effondrement du système de surveillance épidémiologique consécutif à la fuite des médecins de zones et du personnel soignant vers les grandes villes. Dans la Province du Kasaï Central par exemple, quelque 106 000 enfants n’ont pas bénéficié du programme élargi de vaccination depuis 11 mois. De plus, l’approvisionnement des 26 zones de santé en produits pharmaceutiques a été suspendu depuis octobre 2016 pour certaines, en raison de l’insécurité. Seulement deux zones de santé disposent d’un médecin chef de zone ou équivalent. Une épidémie de choléra été déclarée dans la zone de santé de Bukama (Territoire de Bukama, Province du Haut-Lomami) qui est frontalière avec la Province de la Lomami (118 cas dont 1 décès entre le 1er et le 8 mai 2017). Pour rappel, la dernière épidémie d’Ebola remonte à 2008-2009 dans l’ex-Kasaï Occidental.

Dans ce contexte de grande vulnérabilité, et compte tenu des conflits persistants, aucune amélioration de la situation humanitaire n’est à prévoir. En effet, neuf mois après le début de cette crise, et malgré l’intensification des opérations militaires pour rétablir l’ordre par la force, le retour au calme demeure encore une utopie fuyante. Cependant, plusieurs initiatives encourageantes sont en train de voir le jour pour apaiser les tensions. A titre d’exemple, durant la semaine écoulée, des chefs coutumiers se sont rassemblés pour un atelier à Kananga (Province du Kasaï Central), concernant la résolution pacifique des conflits coutumiers, à l’initiative du Gouvernorat appuyé par la MONUSCO.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

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