Urgence complexe dans la région des Kasaï, R.D. Congo Rapport de situation No. 5 (en date du 5 mai 2017)

Ce rapport a été produit par OCHA RD-Congo en collaboration avec les partenaires au Kasaï, Kasaï Central et au Kasaï Oriental. Il couvre la période du 28 avril (date suivant la parution du Sitrep n°4) au 5 mai 2017. Le prochain rapport sera publié autour du 12 mai 2017.

Faits saillants

  • L’urgence humanitaire prend de l’ampleur en raison de la persistance des violences et de la complexification des dynamiques de conflits : entre milices et Forces Armées de la RD-Congo (FARDC), entre milices et groupes d’autodéfense, entre factions rivales de miliciens, ou encore violences intercommunautaires.

  • Plus de 100 000 nouvelles personnes déplacées internes (PDI) ont été rapportées au cours de la semaine écoulée, portant à 1,27 million le nombre total de PDI dans la région des Kasaï. Soit une augmentation de 23 pour cent du nombre de PDI en moins d’un mois, et une moyenne de 8 000 nouvelles PDI par jour.

  • De graves violences sont perpétrées contre les populations civiles, victimes notamment de tueries, de pillages et d’incendies. Le 27 avril, huit villages ont été incendiés dans l’aire de santé de Mobela (Province du Kasaï), notamment 200 habitations et un centre de santé qui a aussi été pillé.

  • Face aux contraintes d’accès récurrentes, la communauté humanitaire mène un plaidoyer auprès des autorités et des communautés à partir de Kananga (siège opérationnel de la réponse), afin d’apporter une assistance plus rapide aux populations dans le besoin.

1,27 M Personnes déplacées internes

140,404 Retournés au Kasaï Oriental

130,000 Membres des communautés hôtes/ familles

352,000 Personnes couvertes par l’assistance d’urgence en cours

11,051 Congolais ayant fui vers l’Angola

8,414 Congolais expulsés de l’Angola

Aperçu de la situation

L’urgence humanitaire dans la région des Kasaï continue de prendre de l’ampleur en raison de la persistance des violences et de la complexification des dynamiques de conflits dans la zone : affrontements entre milices et FARDC, entre milices et groupes d’autodéfense, entre factions rivales de miliciens, ou encore tensions intercommunautaires. A l’heure actuelle, les violences se concentrent principalement dans le triangle Cijiba (Miabi, Kasaï Oriental) – Dibaya (Kasaï Central) – Kamiji (Lomami,) où les milices sont les plus actives. Dans la Province du Kasaï, la localité de Kamako (à 100 kilomètres au sud de Tshikapa), est repassée sous contrôle des FARDC depuis le 1er mai suite à des combats contre la milice. Des combats ont aussi été rapportés fin avril autour de Kamonia (à 75km de Tshikapa).

Pour survivre, les populations continuent à fuir les violences, avec plus de 100 000 nouvelles personnes déplacées internes (PDI) rapportées au cours de la semaine écoulée. Ceci porte à 1,27 million le nombre total de PDI dans la région des Kasaï. Ces nouveaux chiffres sont répartis comme suit : Lomami (+70 672 nouvelles personnes déplacées rapportées); Kasaï Oriental (+16 280); Sankuru (+14 029) 9 et Kasaï Central (+530)10 . Ces chiffres ne correspondent pas aux déplacements survenus au cours de la semaine passée mais plutôt à une mise à jour sur des déplacements antérieurs sur la base de nouvelles informations disponibles.
Il faut aussi souligner que dans la Province de la Lomami, quelque 43 320 personnes déplacées sont retournées dans la zone de santé de Wikong (Territoire de Luilu, Province de la Lomami) en date du 3 mai 2017. Ces mouvements de retour ont fait passer le nombre total de retournés dans la région des Kasaï à 140 404 (contre 97 084 rapportés dans le Sitrep No 4).

Les affrontements réguliers entrainent de graves violences contre les populations civiles (morts, pillages et incendies des habitations et infrastructures, etc.). Dans la Province du Kasaï Central (Territoire de Kazumba), huit villages situés dans l’aire de santé de Mombela ont été incendiés le 27 avril suite à un affrontement entre deux factions rivales de miliciens. Quelque 200 habitations ont été brulées, le centre de santé a été pillé et brulé, les villages se sont vidés de leur population (chiffres pas encore disponibles). Egalement le 27 avril, dans la Province de la Lomami (Territoire de Kamiji) un chef coutumier aurait été tué et trois autres enlevés et emmenés vers le Kasaï Central (Territoire de Dibaya).

Le village du chef coutumier tué (Ngomba) a ensuite été incendié.

Les tensions intercommunautaires qui se greffent au conflit armé entrainent de graves incidents de protection et un climat de terreur. Entre le 13 et 25 avril derniers, au moins 38 personnes essentiellement issues de l’ethnie Lulua (dont 8 femmes et 8 enfants) auraient été tuées par des jeunes Tshokwe (autochtones) armés de fusils de chasse et de machettes, dans diverses localités proches de la ville de Tshikapa (dans un rayon de 6 à 85 km), Province du Kasaï (Territoire de Kamonia). Dans la ville de Tshikapa même, une partie de la population d’ethnie Luba est restée dans les rues de la ville dans la nuit du 27 au 28 avril, craignant d’être attaquée par les jeunes autochtones (appartenant aux ethnies Tshokwe et Pende) qui auraient reçu des machettes et la consigne de brûler leurs maisons. Par ailleurs, le 1er mai à une heure du matin dans la cité/ localité de Kamako (Territoire de Kamonia), les milices auraient contraint la population à organiser une marche contre le régime en place, qui s'est soldée par l'incendie des étales dans plusieurs rues de la ville. Par ailleurs, entre les 24 et 30 avril derniers, quelque 662 personnes déplacées arrivées par vague et hébergées dans une école primaire de Mwene-Ditu (Territoire de Luilu) dans la Province de la Lomami ont été priées par les autorités de retourner dans leurs localités d’origine. Ces déplacés avaient déjà été refoulés de 15 localités environnantes en raison de leur appartenance ethnique (Bindi, Kete, Luba ou Lulua) dans cette zone où la population autochtone est d’ethnie Kanyok.

Une dégradation de la situation humanitaire reste à craindre en raison de la volatilité du contexte sécuritaire. En effet, les affrontements se poursuivent malgré l’appel à la paix qui avait été lancé le 22 avril 2017 par le nouveau chef Kamuina Nsapu. Celui-ci avait demandé l’arrêt immédiat des violences perpétrées au nom de son défunt prédécesseur. Selon des sources fiables, une réorganisation des milices serait en cours dans certains territoires face au déploiement des FARDC sur le terrain. Des mouvements inter provinciaux des milices ont été rapportés, exacerbant les risques d’affrontements avec les militaires.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

To learn more about OCHA's activities, please visit http://unocha.org/.