RDC : renforcer les capacités du système de santé pour préparer la transition

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from Aide Médicale Internationale
Published on 26 May 2010 View Original
La mission d'Aide Médicale Internationale au Sud-Kivu a pour objectifs principaux l'accès des populations les plus vulnérables aux soins de santé primaires, le renforcement des capacités des acteurs de santé locaux, l'amélioration de l'accès aux soins de santé de référence ou spécifiques (pédiatrie, maternité, etc.) et la lutte contre la propagation du VIH/Sida.

Anthropologue de formation, Pierre Assenmaker a toujours été très sensible à la différence culturelle. Après avoir travaillé sur un programme de recherche intitulé « gestion environnementale participative en Afrique centrale » (GEPAC) à l'Université Libre de Bruxelles, il a ouvert une mission de lutte contre le VIH/Sida à Maroua, au nord du Cameroun, en tant que coordinateur pour l'association Actions de Solidarité Internationale. Pierre a rejoint les équipes d'A.M.I. en octobre 2009 en tant que responsable de projet en République démocratique du Congo. De passage à Paris après 6 mois passés sur la base opérationnelle de Baraka (Sud-Kivu), il nous livre son regard sur la mission.

En tant que responsable de projet, quel est votre rôle dans les activités d'A.M.I. ?

Mon rôle est de superviser les services administratif et logistique de la base ainsi que le travail qui est fait dans les centres de santé. J'évalue, en collaboration avec le ministère de la Santé, les pratiques du personnel de santé formé. Je m'assure ainsi que les activités qui ont été prévues sont bien mises en œuvre et veille à leur bon déroulement.

L'une des perspectives d'A.M.I. en RDC est de poursuivre le renforcement des capacités du personnel local en vue de permettre sa passation progressive. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Pour assurer la pérennité de ses actions, A.M.I. fait le choix de travailler en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales, et notamment le bureau central de la zone de santé (BCZ), émanation locale du ministère de la Santé. L'ensemble des centres de santé appuyés par notre organisation étant sous la responsabilité de ce bureau central, nous nous devons de réfléchir avec eux à des moyens efficaces pour assurer la transition et entamer un processus de reprise progressif. Le gros défi aujourd'hui est de mettre en place un système sanitaire qui fonctionne sur le long terme.

Depuis 2008, A.M.I. a amorcé un processus de désengagement des centres de santé qui ont acquis une autonomie suffisante pour poursuivre seuls les actions amorcées avec notre soutien. Cette démarche doit cependant être organisée par étape. Seul expatrié sur la base de Baraka, j'ai repris le travail initié par mes prédécesseurs afin de préparer la transmission progressive des structures de santé aux acteurs locaux.

Dans cette optique, de nouveaux outils opérationnels sont peu à peu établis. Parmi eux, la mise en place d'une nouvelle grille d'évaluation du personnel de santé plus exigeante doit encourager les acteurs locaux à s'impliquer davantage. Ensuite, un système de recouvrement partiel des coûts permet d'assurer l'autonomisation de l'approvisionnement en médicaments. Pour cela, la gratuité des médicaments assurée jusqu'à présent laissera place à une tarification minime qui s'élève à 20 % de leur prix réel, excepté pour les indigents qui seront pris en charge gratuitement. A.M.I. veille à ce que cette tarification soit adaptée pour conserver les avancées en termes d'accès aux soins. Enfin, le circuit d'approvisionnement des médicaments dans les zones de santé est révisé. L'objectif est que les agents des structures viennent s'approvisionner en médicament auprès de la pharmacie zonale, qui deviendrait le seul maillon d'approvisionnement de chaque zone de santé, et se chargent du transport.

Réception d'une donation en médicaments

Quelles seront les priorités lors de votre retour à Baraka ?

Tout d'abord, il est nécessaire de lancer les négociations avec le BCZ pour la signature d'un nouveau protocole d'accord qui redéfinirait les modalités d'attribution de la prime de performance allouée au personnel local. Selon les nouvelles modalités, le versement de cette prime sera subordonné à la qualité du travail et à l'implication de chacun. Ce nouveau système de prime a pour but de créer une motivation supplémentaire pour que les collaborateurs locaux donnent le meilleur d'eux-mêmes et qu'ils soient incités à assimiler des automatismes, en particulier au niveau de l'hygiène.

Ensuite, l'une des priorités est d'assurer la pérennité de l'acheminement des médicaments et du matériel médical sur la presqu'île d'Ubwari. Actuellement, assuré par les équipes d'A.M.I. via une pirogue, cet acheminement devra être géré directement par les centres de santé. Un système de transport en pirogues a été mis en place par l'association pour permettre au comité de gestion local d'orienter les femmes présentant une grossesse à risque vers des centres de soins adaptés situés hors de la presqu'île. À terme, ce réseau de pirogues devra également supporter l'acheminement des médicaments. Pour cela, il faut amorcer des réflexions avec le BCZ, la communauté et le personnel des centres de santé afin de les sensibiliser et de les impliquer dans la gestion opérationnelle et financière de ces pirogues.

En tant qu'anthropologue, avez-vous réfléchi à des moyens plus particuliers pour renforcer l'impact des actions d'A.M.I. sur les communautés ?

Les activités de prévention et de sensibilisation portant sur la propagation du VIH/Sida et sur la santé materno-infantile (santé génésique, consultations pré et post-natales, etc.) représentent un volet important des actions développées par A.M.I.

En tant qu'anthropologue, je cherche aussi à appréhender de nouvelles méthodes de communication plus adaptées à la culture locale afin de renforcer l'impact de nos actions de sensibilisation. J'ai notamment réfléchi, avec un infirmier du personnel A.M.I., à une méthode d'enquête sur les rites d'initiations qui marquent l'accession des femmes à la maturité (le mariage par exemple). Lors de ces rites de passage, plusieurs informations concernant le comportement sanitaire des femmes sont transmises entre les générations. On pourrait donc envisager d'intégrer à ces rituels des messages de sensibilisation sur les enjeux de la santé publique.

Pour Pierre, cette démarche s'inscrit dans la volonté de voir les activités d'A.M.I. s'implanter durablement dans les habitudes de la communauté et ainsi permettre, à terme, la passation aux acteurs locaux.