Après la chute de Goma, en RD Congo : interview du chef de mission

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from Médecins Sans Frontières
Published on 27 Nov 2012 View Original

Après la chute de Goma en République démocratique du Congo (RDC), des milliers de personnes ont fui les combats, laissant derrière eux des villages et des camps de déplacés entièrement vides. Et les violences graves des derniers jours ont fait plus d’une centaine de blessés et un nombre encore inconnu de morts.

Thierry Goffeau est chef de mission pour MSF au Nord-Kivu. Il est actuellement à Rutshuru, où la panique et la peur commencent à s’estomper. Entretien.

Médecins Sans Frontières évalue les besoins humanitaires et sanitaires après le passage des rebelles du M23 afin de mettre en place une réponse adaptée. Des renforts en ressources humaines, notamment du personnel médical et chirurgical, est en route et MSF a déjà effectué des donations de médicaments et de matériels à deux hôpitaux prenant en charge les blessés dans la ville de Goma.

Quelle est la situation maintenant là où vous êtes ?

Pour l'instant, je suis à Rutshuru, le fief du M23, dans l'œil du cyclone. Ici, la situation est plutôt calme pour le moment. A Goma, depuis la cessation des combats hier, la situation se calme doucement, et les tirs ont cessé. Le décompte des blessés hier fait état d'une centaine de blessés civils et militaires. Leurs blessures sont provoquées par des actes de violences, généralement par des balles et des obus. Le nombre de morts reste inconnu mais des cadavres sont néanmoins visibles dans les rues.

Les gens sont méfiants pour le moment et les commerces restent fermés. Il n'y a plus d'électricité et d’eau. Les besoins de soutien en chirurgie sont réels. Beaucoup de déplacés du mois de juillet (la prise de Rutshuru par le M23) qui s'étaient installés à l'entrée de la ville à Kanyaruchinya ont fui sur Goma ou vers l'ouest vers Sake. On parle de plus de 55 000 personnes en mouvement.

Que voyez-vous dans les rues, les camps, les hôpitaux ?

Le camp de Kanyarucinia est vide. Depuis l'arrêt des combats, certains remontent de la ville vers Rutshuru, leur territoire d'origine. Il faut noter que ces personnes sont complètement démunies – avant cette nouvelle flambée de violence, le camp de Kanyaruchinya n'avait pas de prise en charge régulière et correcte, donc les gens étaient déjà dans le plus grand dénuement.

Je suppose que très vite le commerce va reprendre ses droits, et que la ville va "revivre" quelque peu. Il s'agit néanmoins d'un traumatisme important, et la confiance et l'atmosphère générale mettra sans doute plus de temps à se stabiliser vraiment, d'autant plus que les gens ont peur d’une contre-attaque.

Que fait MSF face à cette urgence ?

Nous mettons en place une équipe de soutien chirurgicale sur Goma, et nous apportons toujours un soutien aux déplacés. Aujourd'hui, nous pouvons travailler plus ou moins normalement, mais nos équipes sont bien sûr stressées et inquiètes. Il s'agit carrément d'un changement de régime – comment la ville va-t-elle fonctionner demain ? Le CICR est également active avec une équipe chirurgicale, mais beaucoup d’organisations ont évacué. Il faudra donc attendre leur retour.

Mais nous, on n’attend pas – on bosse ! Les structures sanitaires fonctionnent encore, donc MSF n'est pas là pour couvrir tous les besoins, mais pour apporter un soutien. Pour les déplacés, la situation est à suivre de près, car on en voit qui rentre sur Rutshuru et ne se réinstalle pas à Kanyaruchinya. A suivre...

Quels sont les défis les plus importants en tant qu’organisation humanitaire ?

Le plus difficile est d'organiser la venue d'expatriés sur Goma, car le contexte change rapidement. Les contraintes logistiques pour accéder à certaines zones peuvent également compliquer l’évaluation des besoins ou la mise en place des activités. Par exemple, nous voulions accéder à certains camps de déplacés en contournant le lac par Bukavu, ce qui n'est déjà plus d'actualité pour le moment. Et le plus important reste la sécurité du personnel MSF et des patients.