Tchad : Etude sur les aspects anthropologiques, historiques, juridiques et socio-économiques des régions du Borkou, de l'Ennedi Est et Ouest et du Tibesti

CONTEXTE DE L’ETUDE

Le nord du Tchad, régions du Borkou, de l’Ennedi Est et Ouest et du Tibesti, est une zone généralement peu connue des acteurs humanitaires. Les conditions d’accès difficiles pour des raisons climatiques et sécuritaires ainsi que la très faible densité de population sont des facteurs explicatifs de leur intérêt et présence limités dans ces régions. De plus, l’organisation sociale particulière de la communauté toubou, et les rapports qui existent entre les principales communautés nécessitent une compréhension en profondeur par les acteurs humanitaires.

Pourtant, cette région est une zone à risque en ce qui concerne les crises humanitaires, en raison de son instabilité potentielle. De par sa topographie et sa localisation, zone transfrontalière difficilement contrôlable et par conséquent propice à la traite des êtres humains et aux trafics de produits illégaux ainsi qu’au passage de groupes armés ; de par son histoire marquée par de nombreuses rébellions et par le conflit tchado-libyen, et de par la découverte récente de gisements aurifères, ce territoire porte en lui des germes de déstabilisation que la désintégration de la Libye suite à la chute du général Khadafi a renforcé.

Dans ce contexte, OCHA a commandité une étude sur les aspects anthropologiques, historiques, juridiques et socio-économiques ainsi que sur les enjeux politiques des régions du Borkou, de l’Ennedi Est et Ouest et du Tibesti. Il s’agit d’accompagner la communauté humanitaire dans sa compréhension de ce contexte pour l’aider à anticiper d’éventuelles actions en cas de situation d’urgence.

RESUME EXECUTIF

Cette étude a été réalisée sur la base d’entretiens avec des acteurs politiques, sécuritaires, de la société civile et religieux ainsi que sur des recherches documentaires : archives, thèses, articles de presse… Ce travail a permis de dégager quelques grandes tendances en termes d’évolution du tissu socio-économique et des relations intercommunautaires, d’identifier des facteurs de fragilisation de la population et de donner quelques clés de lecture sur le nouveau contexte régional. Une large part a ainsi été faite à l’étude de la communauté toubou car le nouveau paysage de cette région l’a placée dans une position stratégique. Une meilleure connaissance des ressorts de cette communauté permet par conséquent d’analyser avec plus de recul les potentiels facteurs d’instabilité, nombreux dans cette zone.

Les régions du Borkou, de l’Ennedi Est et Ouest et du Tibesti (BET) étendues sur 600 350 km2, représentent 47% du territoire tchadien et abritent 2,5% de la population soit 286 986 habitants (167 919 habitants dans l’Ennedi, 93 584 dans le Borkou et 25 483 dans le Tibesti) . Ce faible peuplement s’explique par le climat principalement saharien qui limite les potentialités agro-pastorales de ces régions à l’exploitation d’oasis et à l’élevage de camelins et de bovins par différentes communautés sédentaires, semi-nomades ou nomades. La présence de ressources minières a permis de générer des revenus notamment avec l’exportation du natron et du sel jusqu’au milieu des années 1990 mais des investissements seraient nécessaires pour développer ce secteur d’activité et exploiter le potentiel minier varié de cette région, ainsi que ses ressources en hydrocarbures, qui sont mal connues. Or, un manque notoire d’investissements caractérise cette zone. Quant aux gisements aurifères, ils apparaissent à ce jour comme une source potentielle de déstabilisation plutôt qu’un vecteur de développement. En effet, quelle que soit la situation, elle porte en elle des facteurs d’instabilité. Dans la situation actuelle où l’orpaillage anarchique perdure et permet un enrichissement de la communauté toubou, cela garantit une certaine allégeance de cette communauté au pouvoir central au prix cependant de tensions intercommunautaires entre autochtones et allogènes orpailleurs. A contrario, dans le contexte d’un plus grand contrôle et d’une réglementation que laisse présager l’ouverture de l’exploitation aurifère aux compagnies étrangères, il est à prévoir un sentiment de spoliation des ressources de son territoire de la part de la communauté toubou.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

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