Rapport final Link NCA: District Sanitaire d’Abdi, région du Ouaddaï, Tchad, Septembre 2015 Janvier 2016

SYNTHESE EXECUTIVE

Contexte et objectifs de l’étude Link NCA

L’étude SMART de 2014 a montré des résultats alarmants concernant le district sanitaire d’Abdi.
En effet, un taux de malnutrition aiguë globale de 17,4% a été révélé, dont 4,0% de malnutrition aiguë sévère. Suite à cela, International Medical Corps a décidé de venir appuyer le Ministère de la Santé dans son programme de PCIMA.

L’étude Link NCA permettra à International Medical Corps d’adresser les causes responsables de la malnutrition sur le long terme, en apportant des solutions adaptées. En effet, afin d’apporter des réponses durables, il est capital d’avoir une compréhension approfondie du contexte de la zone d’intérêt, des besoins spécifiques et des dynamiques d’interactions des causes sous-jacentes à la malnutrition.

Résultats

Sécurité alimentaire et moyen d’existence

Avec la sécheresse de 2011, le Tchad est entré dans le cercle des 14 pays de la bande sahélienne qui ont été frappés par une crise nutritionnelle et alimentaire sans précédent avec une chute de plus de 40% de la production céréalière. Le district d’Abdi n’a pas été épargné. En 2012, la saison pluvieuse a commencé beaucoup plus tôt et d’importantes hauteurs d’eau ont été enregistrées.

Cela a provoqué des dommages par inondations dans la zone d’Abdi, où les champs ont été détruits et les terres sablo-argileuses ont laissé place aux terres sableuses.

Les résultats de notre étude montrent que les principales causes de l’insécurité alimentaire sont directement liées au caractère déficitaire de la production céréalière des ménages, à la forte dépendance vis- à-vis des marchés en période de soudure, à la faible diversification des sources de revenus, aux chocs récurrents et à la faible capacité de résilience des ménages et des communautés.
Le travail de la terre est effectué principalement par les femmes, les hommes préférant généralement les migrations dans les villes voisines olé travail journalier agricole chez les plus nantis. L’enquête qualitative nous a permis d’établir que les facteurs limitant une production agricole suffisante étaient, entre autres, l’appauvrissement des sols, la faible pluviométrie et les attaques d’oiseaux sur les cultures céréalières.

Pour pallier aux faibles ressources issues de l’autoproduction agricole, des sources de revenus complémentaires sont exploitées. Ainsi, la culture maraichère, le travail journalier agricole, l’élevage, le petit commerce, l’artisanat, la migration des hommes pour le travail aux mines, pour le travail agricole ou dans les grands centres commerciaux voisins sont aussi des sources de revenus secondaires utilisées par certains ménages.

L’élevage est généralement pratiqué en complément d’une activité agricole. Posséder du bétail permet d’améliorer l’accès des ménages à la nourriture au moment où les stocks familiaux sont épuisés. Cependant, notre enquête quantitative révèle que l’élevage constitue une source de revenus principale pour seulement 3,9% des ménages et pour 10% des ménages il représente une source de revenus secondaire.

Les faibles revenus issus de l’exploitation animale dans notre zone d’étude sont dus à la vulnérabilité aux épizooties, la vulnérabilité au vol des bêtes, l’insuffisance d’accès aux infrastructures sanitaires vétérinaires, aux techniciens spécialisés et aux produits de traitement curatif et préventif, au très faible encadrement technique de la filière, au faible accès aux pâturages et aux fourrages, au faible accès à l’eau durant la saison sèche ainsi qu’aux faibles connaissances et pratiques sur l’exploitation animale.

De plus, la vulnérabilité à l'insécurité alimentaire dépend également de l'exposition d'un ménage au choc et à sa capacité de résilience. L'exposition à un choc varie en fonction de l’effet de ce choc sur les moyens de subsistance dont dépendent les ménages. L’insuffisance des pluies/la sécheresse est le premier choc mentionné par les ménages. Viennent ensuite les attaques d’oiseaux sur les cultures, la maladie ou le décès d’un membre important, etc.

Face à ces chocs, les populations particulièrement vulnérables adoptent des stratégies de survie négatives, qui leur permettent de vivre, mais qui mettent en danger la durabilité des moyens d’existence et contribuent à aggraver leur vulnérabilité. Ces stratégies sont notamment la consommation des semences gardées pour l’année suivante et/ou des récoltes immatures, la diminution de la ration alimentaire journalière et du nombre de repas quotidien, ainsi que la décapitalisation ou le recours à l’endettement excessif.

Par manque de sources de revenus complémentaires et de capacités de résilience face aux chocs, les ménages se trouvent très dépendants des sources de revenus agricoles qui impactent directement la sécurité alimentaire des ménages. Ainsi, 40,5% des ménages du district d’Abdi ont été identifiés en situation d’insécurité alimentaire sévère au moment de notre étude, qui s’est déroulée en fin de période de soudure.

Eau, hygiène et assainissement

L'approvisionnement en eau de mauvaise qualité peut avoir un impact négatif sur l’état nutritionnel des enfants en raison de l'exposition à des agents pathogènes, les maladies diarrhéiques étant les plus communes chez les enfants de moins de 5 ans. Selon l’ENSA 2014, seulement 28% des ménages de la région du Ouaddaï ont accès à l’eau potable. Dans le district sanitaire d’Abdi, ce facteur de risque est particulièrement fort, l’eau étant principalement puisée dans les Wadis ou dans le Batha, puis transportée dans des jarres non recouvertes et non traitée avant d’être bue. En effet, selon notre étude (qui s’est déroulée en fin de saison des pluies) seulement 3% des ménages utilisent une source qui ne présente pas de risque de contamination pour s’approvisionner en eau. Les sources non protégées sont partagées avec les animaux, en contact avec des récipients sales, les enfants et leurs mères peuvent également descendre dans le trou pour puiser l’eau et ainsi contaminer l’eau directement. Aux risques de contamination des sources, viennent s’ajouter les risques de contamination de l’eau de boisson durant son transport, son stockage et avant sa consommation.

Dans notre zone d’étude la gestion des matières fécales humaines et animales a été jugée être un facteur de risque majeur à la sous-nutrition infantile. En effet, seulement 12,9 % des ménages ont accès à des latrines, dont aucune latrine améliorée.

De plus, seulement 14% des femmes en charge d’enfants de moins de 5 ans ont montré des pratiques de lavage de mains appropriées. Les faibles pratiques d’hygiène étaient dues au manque de savon, à la surcharge de travail des mères qui n’ont pas le temps de veiller aux pratiques d’hygiène des enfants et aux faibles quantités d’eau disponibles dans le ménage ou durant la journée lorsque les mères et les enfants sont au champ.