Malnutrition : une urgence récurrente

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from MSF
Published on 23 Jul 2012 View Original

Prise en charge de 500 enfants par semaine

Dans la région africaine du Sahel, le pic annuel de malnutrition ne fait que commencer. Mais dans certaines régions du Tchad, la situation est déjà plus critique que d’habitude. D’ici quelques semaines, les pluies vont rendre inaccessibles de vastes portions du pays, rendant l’accès aux enfants souffrant de malnutrition impossible. Pour Médecins Sans Frontières (MSF), les semaines qui viennent sont donc une course contre la montre pour répondre à l’urgence. Cette intervention vient s’ajouter à des programmes de traitement et de prévention de la malnutrition fournis durant toute l’année.

Le Sahel, situé entre le désert du Sahara au nord et la savane soudanaise au sud, s’étend sur 11 pays, y compris le Tchad. Dans les cinq projets nutritionnels de MSF au Tchad, plus de 500 enfants sévèrement malnutris sont pris en charge chaque semaine. Comme tous les ans, les stocks de nourriture arrivent à épuisement, tandis que les premières récoltes dans la partie sahélienne du pays ne seront là que dans deux mois. En 2012, les pluies insuffisantes et l’augmentation des prix des denrées alimentaires a engendré une situation nutritionnelle plus aiguë que d’habitude.

« Le problème de la malnutrition au Tchad n’est pas nouveau [dans la partie sahélienne du pays]: on estime que, tout au long de l’année, plus d’un enfant sur 10 souffre de malnutrition aiguë dans la zone sahélienne du pays », rappelle Alexandre Morhain, chef de mission MSF au Tchad. Une mauvaise récolte, une flambée épidémique, comme celle de la rougeole en début d’année, ou la combinaison des deux peut alors faire basculer des dizaines de milliers d’enfants dans la malnutrition. »

Dans certains villages du Batha ou du Salamat, des évaluations menées par MSF en février avaient montré des taux de malnutrition aiguë supérieurs à 20 pour cent, signe d’une situation particulièrement inquiétante. À Am Timan, également dans l’est, le nombre d’enfants admis dans le programme nutritionnel MSF entre janvier et la mi-juin est en augmentation de presque 30 pour cent par rapport à la même période en 2011. Dans le district de Bokoro, à l’est de N’Djamena, une évaluation rapide menée à la fin juin a montré des taux de malnutrition aiguë supérieurs à 13 pour cent.

Les alertes précoces lancées par les autorités tchadiennes et les organisations humanitaires ont permis de lancer une intervention en urgence dès l’hiver dernier. Cette année, 127 000 enfants sévèrement malnutris devraient être soignés dans le pays, soit le double de l’année dernière.

Pour répondre à cette crise, MSF a élargi ses programmes existants et a ouvert trois projets supplémentaires. À Massakory, où MSF mène déjà un projet pédiatrique et nutritionnel, deux nouveaux centres de traitement décentralisés seront ouverts, tandis qu’au centre nutritionnel MSF d’Am Timan 20 lits supplémentaires ont été mis en place pour faire face à l’afflux d’enfants sévèrement malnutris. De nouveaux projets ont également démarré à Biltine, Abou Deïa et Yao, dans l’est et dans le centre du pays.

Au Tchad, le nombre de centres de traitement de la malnutrition a doublé en un an, et les distributions de nourriture par les acteurs de l’aide, y compris des suppléments nutritionnels adaptés aux besoins des jeunes enfants, ont commencé dans plusieurs régions du pays.

Toutefois, poursuivre ces activités avec la saison des pluies va s’avérer complexe. La population est dispersée dans les zones sahéliennes du pays, les routes sont des pistes sablonneuses et les distances entre les villages sont importantes. Réussir à atteindre tous les enfants malnutris demande déjà de déployer des moyens importants. Or, les premières pluies viennent de démarrer et, dans quelques semaines, de nombreuses routes seront impraticables.

À Yao, MSF mène ainsi une véritable course contre la montre pour essayer de soigner le plus grand nombre d’enfants possible, avant que l’accès à la plupart des villages ne devienne impossible. Les équipes se rendent dans 18 sites de consultation périphériques et mettent en œuvre un dépistage actif des cas de malnutrition sans attendre que l’enfant soit gravement malade.

« Au Tchad, comme dans les autres pays du Sahel, les interventions d’urgence ne devraient pas être la seule option. On a presque l’impression que l’on découvre le problème de la malnutrition comme si c’était nouveau, alors qu’il est récurrent et structurel », explique Michel-Olivier Lacharité, responsable des programmes de MSF au Tchad. « Le traitement et la prévention de la malnutrition devraient se faire tout au long de l’année et être intégrés, comme l’est la vaccination par exemple, aux mesures de santé de base pour les enfants. »

À Massakory, dans la région du Hadjer Lamis, le projet MSF lancé depuis 2010 vise à mettre en place des stratégies pour rendre possible cette intégration. En plus d’un centre d’hospitalisation de 200 lits et du soutien à 11 aires de santé, le dépistage et le traitement de la malnutrition se font dans les villages, par le biais de personnel non médical formé par MSF. Ceci permet à la fois de traiter le plus tôt possible un grand nombre d’enfants, avant que leur état ne devienne critique, et de soulager les centres de santé; un enjeu dans un pays où le nombre de professionnels de la santé est largement insuffisant pour faire face aux besoins.

Entre janvier et la mi-juin de cette année, quelque 10 000 enfants sévèrement malnutris ont été soignés dans les centres nutritionnels de MSF au Tchad. Au total, environ 500 employés nationaux et internationaux sont mobilisés dans cinq hôpitaux spécialisés et dans plus de 40 centres nutritionnels ambulatoires. En outre, MSF continue de mener des évaluations dans différentes parties du pays et se tient prête à démarrer de nouveaux programmes dans les semaines à venir.

Au Tchad, MSF réalise des interventions chirurgicales pour traiter les fistules vésico-vaginales à Abéché, dans l’est du pays, et prend en charge le paludisme à Moïssala, dans le Sud. Au mois d’avril, l’organisation a répondu à une épidémie de méningite en soignant plus de 3 100 cas et en vaccinant 470 000 personnes. Entre janvier et mai 2012, MSF a également vacciné plus de 20 000 enfants contre la rougeole.