Au Tchad, trouver des solutions à long terme à la crise nutritionnelle
Par Héloïse Vilain
MAO, Tchad, 4 juin 2012 - « Mes autres enfants, à huit mois marchaient, mais pas ma fille Ereta », explique Zaïnabou Mamataya. À 8 mois, elle pèse à peine 2,6 kg et vient d'être admise à l'hôpital de Nokou dans la région de Kanem située dans l'ouest du Tchad.
Kanem est l'une des régions de la bande sahélienne du Tchad touchée par la crise alimentaire et nutritionnelle qui sévit dans l'ensemble du Sahel. Depuis début 2012, la crise nutritionnelle s'est aggravée au Tchad où la faible pluviométrie continue d'affecter la production agricole.
Cette situation a des conséquences dévastatrices non seulement sur la santé d'Ereta, mais également sur celle de milliers d'autres enfants qui sont dans le même cas. L'UNICEF estime qu'au Tchad 127 000 enfants souffriront cette année de malnutrition aiguë sévère, un état de santé qui peut s'avérer mortel. L'UNICEF intensifie actuellement son soutien aux hôpitaux et centres de santé en les approvisionnant en fournitures essentielles pour traiter la malnutrition.
Deux semaines après son admission, Ereta va mieux. Elle a déjà repris 500 grammes. « Maintenant, quand je lui donne du lait, elle le boit normalement. Elle a pris du poids, je constate beaucoup de changements, elle n'est plus comme avant », affirme Zaïnabou.
L'allaitement maternel pour prévenir la malnutrition
En plus du traitement thérapeutique, l'UNICEF travaille sur la prévention en s'attaquant aux causes de la malnutrition. « Au Tchad, les gens ont un régime alimentaire déséquilibré, principalement basé sur les céréales. Les mères ne pensent pas non plus à pratiquer l'Allaitement maternel exclusif », explique Roger Sodjinou, responsable Nutrition à l'UNICEF.
Au Tchad, seulement 3 femmes sur 100 pratiquent l'Allaitement maternel exclusif, un des taux les plus faibles au monde. Pourtant, cette pratique pourrait permettre de réduire de 13 pour cent le taux de mortalité parmi les enfants de moins de cinq ans. De plus, l'eau donnée à l'enfant n'est pas potable le plus souvent, ce qui peut aussi entraîner la diarrhée et d'autres maladies.
« Après mon accouchement, j'ai commencé à donner de l'eau à mon enfant ou de l'eau de mil mélangée à de l'huile », explique Zaïnabou. « Je faisais cela, car c'est une tradition qui nous vient de nos grands-mères. Je ne sais pas vraiment pourquoi ».
Oeuvrer pour un avenir plus sain
L'UNICEF travaille en collaboration étroite avec Médecins du Monde, un partenaire qui organise des séances de discussion villageoises avec des groupes communautaires composés de jeunes mères. Ces discussions sont menées par des animatrices communautaires afin de sensibiliser les femmes tchadiennes aux avantages de l'allaitement maternel exclusif. Une mère raconte aux autres femmes du village sa propre expérience de l'allaitement maternel exclusif.
« Si on a des théories, il faut les mettre en pratique », explique Achta Mahamt Saleh, animatrice en santé communautaire.
« Changer les croyances et les pratiques traditionnelles prend du temps. Pour lutter contre ce problème, il faut un plan de développement. La première étape est d'améliorer les connaissances et ensuite, mettre en place un système qui améliore l'accès à une nourriture variée », explique Roger Sodjinou.
Si les causes de la malnutrition sont multiples, les solutions pour réduire ce fléau le sont aussi. Dans une situation de crise nutritionnelle, la priorité immédiate est de sauver des vies. Mais pour répondre à cette situation chronique, des stratégies intégrées de développement à long terme sont également essentielles pour conduire à l'avenir à l'amélioration durable des conditions de vie des enfants et de la population.













