République centrafricaine: Plan de réponse humanitaire Janvier - Décembre 2016 (mars 2016)

APERÇU DE LA CRISE

Une crise de protection sans précédent

Facteurs sous-jacents

L'ampleur et la complexité de la crise en République centrafricaine (RCA) sont sans précédent : la vie de chaque Centrafricain est profondément affectée par le conflit qui a démarré à la fin de l’année 2012. La crise politico-miltaire a déchiré le tissu social et les tensions intercommunautaires ont atteint un niveau jamais connu dans l’histoire du pays. Cette situation est amplifiée par la présence des groupes armés et des bandes criminelles et la difficulté à mettre en place un processus de Démobilisation Désarmement et Réinsertion (DDR) dans le pays. Ces groupes armés sont de plus en plus fragmentés. Certaines milices se reconfigurent en raison de divisions au sein de leurs propres rangs, allant parfois jusqu’à générer des alliances contre nature avec des groupes précédemment antagonistes. Alors que la pauvreté, la mauvaise gouvernance et le pillage des ressources naturelles comptent parmi les causes sous-jacentes de la crise, les tensions inter- communautaires, les affrontements entre groupes armés ainsi que les activités criminelles agissant Janvier 2014 (10 Jan.) Démission du Président Djotodia. Reprise des violences inter-communautaires (21 Jan.) Mise en place de la Présidente de la transition Mme Samba Panza déplacés internes Mai 2015 Forum de Bangui: signature d’un accord de paix entre groupes armés en toute impunité causent une insécurité persistante et grandissante sur la totalité du territoire de la RCA résultant en une détérioration de la situation humanitaire. Malgré des améliorations relatives dans certaines parties du pays à la mi-2015, des violences ont à nouveau éclaté à Bangui et dans plusieurs localités à l’intérieur du pays en septembre et début octobre, provoquant le déplacement forcé de plus de 62 000 personnes. Ce nouvel épisode de violence a particulièrement affecté la capitale, épicentre de l’économie et du commerce, qui a été à nouveau paralysée. Il a également réveillé la méfiance et les rancœurs entre communautés et a été marqué par une dynamique de violence cyclique - dans laquelle attaques individuelles ou de groupes entrainent des représailles, souvent à grande échelle et difficilement prévisibles. Ces événements ont également fortement impacté la conduite des activités humanitaires dans l’ensemble du pays durant plusieurs semaines.

Les civils sont les premières victimes de la crise : plus de la moitié de la population (soit environ 2,3 millions de personnes) a immédiatement besoin d’aide humanitaire pour survivre et un quart de la population est déplacé (450 000 personnes déplacées internes et près de 460 000 réfugiés dans les pays voisins). Le déplacement forcé de milliers de personnes appartenant à des communautés déjà a aiblies a eu pour e et d’accroître leur vulnérabilité. Si l’agriculture est la principale source de revenus pour la majorité de la population, la crise et la peur d’être attaqué expliquent que les terres n’aient pas été cultivées, parfois depuis deux années. L’absence ou la faiblesse des récoltes ajoutées aux pillages fréquents des greniers ont provoqué une insécurité alimentaire sur tout le territoire de la RCA. En plus de devoir faire face à un appauvrissement important lié à la diminution ou l’absence de revenus et à une augmentation croissante des prix des produits de base, des milliers de familles hébergent dans leurs maisons des personnes déplacées qui ont tout perdu et sont dans l’incapacité de rétablir leurs moyens de subsistances. Cette charge supplémentaire sur des ménages déjà en di culté aggrave encore leurs conditions de vie.

La crise de protection en RCA est l’une des plus graves au monde : les violations des droits de l'homme et les crimes de guerre sont quotidiens. Cela inclut des assassinats, des actes de tortures, des viols, ou encore la réduction en esclavage de civils. Les enfants, les femmes, les personnes en situation de handicap, les personnes déplacées et les groupes minoritaires sont les premières victimes de ces abus. Meurtres, mutilations, et recrutements d'enfants dans les groupes armés – estimés entre 6 000 et 10 000, dont la majorité sont des garçons, bien que les lles y soient aussi associées, sont courants.

Un nombre très important de cas de violences sexuelles liées au conflit ont été rapportés – sur les quelques 30 000 cas enregistrés pendant les 10 premiers mois de l’année quelques 17 000 l’ont été entre août et octobre, ce qui montre une tendance à la hausse. La situation de plus de 36 000 personnes prises au piège dans des enclaves dans sept endroits du territoire est particulièrement préoccupante. Elles connaissent en effet une limitation quasiment totale de leur liberté de mouvement qui génère le sentiment « de vivre dans une prison ouverte ». Outre l’insécurité, la vie de ces milliers de personnes est marquée par une restriction d'accès aux services de base (soins médicaux, eau, électricité et éducation) pendant des périodes de temps prolongées. Ces populations à risque vivent une situation de détresse humanitaire et psychologique particulièrement préoccupante.

L'effondrement quasi-total de l'administration publique constitue un facteur aggravant de la situation humanitaire : l’aide d'urgence, ainsi que les services sociaux de base dépendent presque exclusivement des acteurs humanitaires qui doivent très fréquemment se substituer aux services de l'État. Les communautés vivant le long des lignes d’affrontements entre les groupes armés dans les zones du Centre, du Nord-Ouest et de l'Ouest du pays, ainsi que les populations enclavées sont les plus touchées par l’insécurité. Les populations qui vivent dans le Nord et le Nord-Est, pour la plupart marginalisées, n’ont pas eu accès à des services de base depuis des décennies. Elles comptent toujours parmi les plus vulnérables et restent difficiles à atteindre à ce jour. Plus de 23 % des structures de santé de la RCA ont été détruites et plus de 70 % des services de santé sont fournis par des partenaires humanitaires. Les services étatiques de l’action sociale, inexistants en RCA, sont également fournis par la communauté humanitaire. Le système éducatif a été presque totalement suspendu pendant près de deux ans et environ 800 000 enfants sont toujours dans le besoin urgent d’assistance dans le domaine de l’éducation. Cette situation a connu une légère amélioration grâce à l’action des partenaires humanitaires, la poursuite des efforts est cependant nécessaire dans les zones où des tensions récurrentes perturbent ces services et dans les zones où de nouveaux a rontements sont à craindre.

Nouvelle détérioration de la situation en septembre et octobre 2015 : un nouvel épisode de violence a touché plusieurs zones du pays à partir de la fin septembre et a mis à mal la relative accalmie qu’a connue la majeure partie du pays depuis le début de l’année 2015. L’insécurité et l’augmentation des attaques directes ciblant les acteurs humanitaires et les convois commerciaux ont considérablement réduit l’accès aux personnes les plus vulnérables. Alors que la communauté humanitaire a continué d'appuyer le retour progressif des déplacés et des réfugiés, cette nouvelle vague d’insécurité et de tensions communautaires ainsi qu’une recrudescence des attaques sur les sites de déplacés, sont susceptibles de dissuader davantage le retour de près d’ 1 million d’individus déplacés à l'intérieur et à l'extérieur de la RCA.

La crise a d’importantes répercussions sur une région déjà fragile : environ 454 000 réfugiés de la RCA ont fui dans les pays voisins, notamment au Cameroun (256 000), en République démocratique du Congo (102 000), au Tchad (66 000) et en République du Congo (30 000), aggravant la situation déjà précaire des communautés d'accueil. La région, l’une des plus instables au monde et dont les frontières poreuses sont aisément traversées par des groupes armés, connaît également une recrudescence des tensions entre les communautés agricoles et pastorales –marquée par des incidents violents. Il existe une forte probabilité que la crise en RCA puisse avoir un effet déstabilisateur pour toute la région, où un extrémisme violent se développe.

Les scénarios pour le début de l’année 2016 sont pessimistes : des violences autour du processus électoral, présidentiel et législatif, sont à craindre, ainsi que des affrontements entre groupes armés et une recrudescence de la criminalité et des violences intercommunautaires. La mise en œuvre effective du processus DDR est aussi une étape cruciale qui pourrait donner lieu à des contestations et des troubles. Une dégradation de la situation humanitaire pourrait s’en suivre, ainsi que de nouveaux déplacements massifs de population. L’accès aux personnes dans le besoin est susceptible d'être davantage restreint à cause de l’insécurité. Si la situation se détériore, une nouvelle vague de réfugiés va tenter de franchir les frontières. La fermeture des frontières o cielles se traduirait, si elle devait advenir, par des milliers de personnes prises au piège de la violence.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

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