République centrafricaine: Plan de réponse humanitaire 2017- 2019 (nov 2016)

APERÇU DE LA CRISE

Facteurs sous-jacents

L'ampleur et la complexité de la crise actuelle sont sans précédent dans ce pays en République centrafricaine (RCA.

La crise politico-militaire que connait la Centrafrique a déchiré le tissu social et a fragilisé les services publics déjà structurellement affaiblis voire inexistants dans certaines zones du pays. Cette situation plonge la majeure partie du pays dans un état d’extrême vulnérabilité.

La pauvreté, la mauvaise gouvernance et le pillage des ressources naturelles comptent parmi les causes sous-jacentes de cette crise qui engendre des tensions intercommunautaires, des affrontements entre groupes armés ainsi que les activités criminelles commises en toute impunité. De cette situation résulte une insécurité persistante et grandissante sur la totalité du territoire de la RCA détériorant ainsi la situation humanitaire déjà précaire. La méfiance et les rancœurs entre communautés ont été marquées par une dynamique de violence cyclique dans laquelle des attaques sur des personnes ou des groupes entrainent des représailles, souvent à grande échelle et difficilement prévisibles.

Les groupes armés sont de plus en plus fragmentés et se disputent le contrôle des axes routiers et de certaines localités. Les racines communautaires que revendiquent la plupart de ces groupes entraînent régulièrement le ciblage des populations civiles. Par ailleurs, l’activité des groupes armés, les déplacements des populations, la question difficile du retour sont des marqueurs essentiels pour anticiper les risques et les besoins humanitaires. Ces facteurs sont autant d’éléments qui permettent d’analyser les différentes zones d’intervention humanitaire.
Les préfectures du Nord-Ouest et du Centre ont connu une saison de transhumance particulièrement violente en 2016 avec des groupes armés que se sont affrontés pour le contrôle des couloirs de transhumance ou la protection des troupeaux.

Ces affrontements génèrent de nombreux mouvements de population. Ces crises chroniques liées à la transhumance fragilisent grandement les avancées vers une normalisation de la situation sécuritaire.
Les lignes de tensions propres à la crise se situent dans les préfectures du Nord-Ouest, du Centre et du Sud-Ouest où se cristallisent les tensions politiques. Les évènements de violence à Kaga Bandoro en septembre 2016 et leurs répercussions sur la situation dans le reste du pays illustrent la difficulté de maintenir un espace humanitaire fonctionnel afin de répondre aux urgences. Les questions de perception sont également essentielles pour protéger l’espace humanitaire dans un contexte où la mission des Nations Unies en RCA (MINUSCA) est de plus en plus pris à partie par les belligérants et contesté par l’opinion.

Les difficultés rencontrées dans la mise en place d’un processus de Démobilisation Désarmement et Réinsertion (DDR) dans le pays restent majeures. Toutefois les épisodes réguliers de violence qu’ont connu certaines parties du pays depuis mai 2016 montrent bien l’urgence et la nécessité du processus DDR.

La crise en RCA est l’une des plus graves au monde. Alors que les pics de violences extrêmes tendent à diminuer, les conflits locaux résultant notamment de tensions intercommunautaires, de la transhumance, d’affrontements entre groupes armés ou d’attaques arbitraires de la population civile, persistent. L’analyse du contexte centrafricain peut se faire au travers de zones géographiques distinctes aux dynamiques souvent spécifiques et indépendantes. L’une des conséquences de la violence est le déplacement des populations. A la fin de l’année 2015, 450 000 personnes déplacées étaient comptabilisées tandis qu’à la fin du mois de septembre 2016, ce nombre était ramené à 384 8841 , soit une diminution de 14,27%. A contrario, le nombre de personnes réfugiées dans les pays limitrophes a augmenté de 2,24 %2 , passant de 442 069 en juillet 2015 à 467 960 en septembre 2016. Quelques 18,21% de la population totale en Centrafrique, soit 4,6 millions3 de personnes, sont soit des personnes déplacées soit des réfugiés.

Les violations des droits humains et les crimes de guerre sont quotidiens. Cela inclut des assassinats, des actes de tortures, des viols, ou encore la réduction de la liberté de circulation (enclave). Le conflit a des impacts différents selon les personnes, les sexes et les âges. Parmi les violations compilées par le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme (OHCHR), 77% des victimes sont des hommes, 12% sont des femmes, 7% sont des garçons et 4% sont des filles. Les hommes sont plus affectés par les exécutions arbitraires, les arrestations et les détentions arbitraires, les traitements cruels, inhumains et dégradants ainsi que les extorsions. Les femmes et les filles sont plus affectées par les enlèvements, les accusations liées à la sorcellerie et les violences sexuelles. Le viol est un problème majeur en Centrafrique. Alors qu’en 2015, 693 viols avaient été pris en charge dans des structures de santé, au cours du 1er semestre 2016, 501 cas dont 81 sur mineurs avaient déjà été comptabilisés par des acteurs de la santé.

La fracture intercommunautaire est également un défi à la protection. Si les rivalités entre communautés ont toujours eu une influence sur la vie politique et sociale centrafricaine, jamais le pays n’a connu une crise communautaire d’une telle ampleur. Malgré un semblant de normalisation des relations dans certaines zones du pays et la fin des affrontements directs, le tissu social préexistant est brisé et la confiance entre les communautés très largement rompue. Environ 36 000 personnes vivent toujours dans 7 enclaves réparties dans le pays avec une liberté de circulation limitée à quelques kilomètres et une situation sécuritaire extrêmement précaire. Les tensions intercommunautaires sont également importantes dans les zones de retours spontanés où les questions foncières et de logements, terres et biens cristallisent résistances et dissensions, conduisant parfois à des épisodes de violences.

La transhumance génère, de manière cyclique, jusqu’à 50% des cas d’assassinats, de déplacements forcés et de destruction de biens durant la saison sèche. Ce phénomène, qui touche également les relations communautaires entre populations nomades peulhs et populations sédentaires n’est pas nouveau.

Il a cependant pris une dimension sans précédent depuis le début des années 90 et plus particulièrement encore durant cette dernière crise. Les tensions liées au passage du bétail dans les zones agricoles cultivées qui se réglaient autrefois à l’amiable font désormais l’objet de confrontations parfois très violentes. La communauté humanitaire devra s’attacher à adresser ces problèmes de protection en i) renforçant les actions de prévention et de plaidoyer du sous-groupe de travail sur la transhumance, ii) contribuant à mettre en place des mécanismes de médiation, de dialogue et de prévention des conflits liés à la transhumance, iii) poursuivant le plaidoyer auprès de la MINUSCA pour la sécurisation des couloirs de transhumance.

L'effondrement de l'administration publique constitue un facteur aggravant de la situation humanitaire. La fin de la période de transition politique marquée par la prise de fonction, en mars 2016, d’un Président de la République démocratiquement élu, a permis d’ouvrir de nouvelles perspectives pour le redéploiement de l’autorité de l’Etat à travers le territoire. Cependant, le manque de capacité, voire l’absence de représentants de l’Etat dans certaines régions ne permet pas le développement de services sociaux de bases qui, pour l’instant, sont assurés en grande partie par les partenaires humanitaires. Les acteurs humanitaires couvrent environ 50% du territoire national dans leur action d’appui aux structures sociales étatiques et d’assistance à la population.

Les communautés vivant le long des lignes d’affrontements entre les groupes armés dans le Centre, le Nord-Ouest et le Sud-Est du pays, ainsi que les populations enclavées sont les plus touchées par l’insécurité. Celles qui vivent dans le Nord et le Nord-Est, pour la plupart marginalisées, n’ont pas d’accès aux services de base depuis des décennies. Au total, 1 273 926 personnes ont besoin d’une assistance en santé. L’accès aux services de santé de base et de qualité est très insuffisant.
L’insécurité alimentaire affecte au moins 28% de la population.

Plus de 180 000 personnes font face à une situation de malnutrition aiguë. La malnutrition chronique touche 364 000 enfants dans tout le pays. Les carences structurelles en matière d’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement ont été aggravées. Le manque d’accès à l’eau potable associé à de mauvaises habitudes en matière d’hygiène a contribué, depuis juillet 2016, au développement d’une épidémie de choléra. Dans le domaine de l’éducation, 2 336 écoles sont fonctionnelles tandis qu’au moins 461 ne le sont toujours pas1 . En effet, l’insécurité, le manque d’enseignants, le déplacement de population, la destruction des locaux scolaires voire leur occupation par des groupes armés restent des problèmes majeurs.

L'action humanitaire intervient pour atténuer les conséquences de cette situation. Par conséquent, la poursuite des efforts est essentielle dans les zones où des tensions récurrentes perturbent ces services et où le déploiement effectif de l’Etat prendra encore du temps.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs:

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