Le taux de mortalité en est inacceptable

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from MSF
Published on 17 Aug 2012 View Original

Après une décennie de violences politiques, de déplacements et d’insécurité dus aux affrontements entre groupes rebelles et forces gouvernementales ainsi qu’aux bandits armés, des milliers de personnes en République centrafricaine (RCA) sont vulnérables face aux maladies et ont un accès limité aux services de santé. Aujourd’hui, la RCA se trouve dans un état d’urgence médicale chronique.

Le 25 juillet 2012, le président international de Médecins Sans Frontières (MSF), le Dr Unni Karunakara, s’est rendu à Bangui, capitale de la RCA, pour rencontrer le président François Bozizé, le ministre de la Santé Jean-Michel Mandaba et diverses organisations internationales pour discuter des moyens supplémentaires à mobiliser en vue d’améliorer le système de santé défaillant. Il a également visité l’hôpital de Paoua, au nord-ouest du pays, qui est dirigé par MSF en partenariat avec le gouvernement. La visite du Dr Karunakara est le résultat d’efforts sur le long terme fournis par MSF pour attirer l’attention sur la situation alarmante de la population en République centrafricaine et a suivi la parution de notre rapport, République centrafricaine : une crise silencieuse, paru fin 2011.

Quels sont les problèmes les plus urgents à traiter en RCA?

Les enquêtes réalisées par MSF en RCA révèlent des taux de mortalité alarmants, comparables à ceux des plus graves crises mondiales. L’année passée, MSF a mené cinq études distinctes sur la mortalité et les résultats obtenus sont particulièrement inquiétants. Notre plus récente enquête à ce sujet, réalisée au printemps dernier dans le nord-ouest du pays, montre qu’il est impératif que les enfants aient un meilleur accès aux soins de santé. En effet, parmi ceux qui n’atteignent pas leur cinquième anniversaire, 60 pour cent meurent chez eux et 13 pour cent d’entre eux sur le trajet de l’hôpital.

Il y a également une large prédominance de maladies traitables telles que le paludisme, le VIH/sida et la tuberculose, et pourtant responsables d’un très grand nombre de décès. Chaque habitant de ce pays a au moins un épisode de paludisme par an. Cette maladie est celle qui tue le plus, c’est également la première cause de décès parmi les patients des hôpitaux. Au début du mois de juillet, autrement dit en plein pic de la saison du paludisme, la RCA a dû faire face à une pénurie partielle – presque totale – de médicaments contre le paludisme.

Quelles sont les raisons de cette crise sanitaire?

En premier lieu, l’accès limité aux soins de santé. Les ressources humaines sont extrêmement limitées et le personnel qualifié est rare. Le pays ne dispose que d’une poignée de médecins spécialisés et ne compte environ que 300 médecins généralistes – pour une population d’environ cinq millions d’habitants. La plupart d’entre eux habitent la capitale, Bangui, et beaucoup sont au chômage. Quasiment toutes les prestations médicales doivent être payées de la poche du patient, donc nombreux sont les malades qui ne se rendent pas dans les centres de soins.

En deuxième lieu, le système de santé ne répond pas aux besoins des citoyens. Malgré tous ses efforts, le ministre de la Santé est peu présent à l’extérieur de la capitale. Il y a peu d’établissements de santé. Les pénuries de médicaments sont très fréquentes. Nous ne connaissons pas l’étendue des problèmes sanitaires du pays pour la simple et bonne raison qu’il n’existe que peu de chiffres.

Et enfin, il faut plus d’engagement en faveur de la santé. Le gouvernement n’a pas respecté celui pris lors de la Déclaration d’Abuja et selon lequel il aurait dû consacrer 15 pour cent de ses dépenses à la santé. Pour l’instant, elles sont plus proches de 10 pour cent – et bien plus encore ne sont jamais allouées. Les acteurs internationaux ont également réduit leur financement e faveur de la santé en République centrafricaine, et ceci est inacceptable.

Quels ont été les thèmes principaux abordés lors de votre entretien avec le président et avec le ministre de la Santé?

Nous avons surtout abordé le problème du paludisme, un phénomène « holo-endémique » en RCA – autrement dit, chaque habitant de ce pays est au moins infecté une fois par an par cette maladie. C’est celle qui est la plus répandue en RCA, et elle concerne près de la moitié des consultations dans nos centres de soins. Elle est la principale cause de mortalité, surtout parmi les enfants en bas âge.

Nous disposons de tous les moyens nécessaires pour la combattre – des tests de diagnostic rapide permettent d’identifier facilement la maladie ; il existe des médicaments efficaces, faciles à prendre et relativement bon marché ; des moustiquaires de lits imprégnées d’insecticide longue durée pour prévenir complètement l’infection. Nous savons également qu’une solution pourrait consister à faire appel à des locaux vivant dans les différentes communautés afin de diagnostiquer et de traiter la fièvre, et ce, même dans les villages les plus éloignés.

Et pourtant, il y a eu une rupture de médicaments quasi-totale au cours du mois précédant mon arrivée – les établissements de santé du gouvernement n’avaient plus rien pour lutter contre le paludisme. Et pire encore, c’est arrivé en pleine saison du paludisme, lorsque le pays doit faire face à une augmentation minimale de 50 pour cent du nombre de cas.

En 2011, MSF a traité plus de 243 000 personnes atteintes de paludisme en RCA, et déjà 121 410 au cours du premier semestre de 2012. Au cours des discussions avec le président et les agences internationales stationnées en RCA, nous avons mis l’accent sur le fait que la lutte contre cette maladie doit être la priorité majeure du pays. Un programme d’action national contre le paludisme ciblé et bien géré pourrait non seulement réduire la mortalité, mais aussi créer un cadre pour les travailleurs de la santé qui à l’avenir pourraient également réaliser d’autres missions sanitaires. En organisant régulièrement des tables rondes, encadrées par le président ou le premier ministre, avec les principaux acteurs de la lutte contre le paludisme (ministère de la Santé Publique, agences des Nations Unies, ONG et bailleurs de fonds internationaux), nous pourrions obtenir rapidement des résultats positifs.

Nous appelons également à un engagement international plus important dans la lutte contre cette maladie. Ce qui réduirait non seulement la mortalité due au paludisme et autres causes de fièvre, mais aussi la mortalité infantile dans tout le pays. Il est donc de la responsabilité de la communauté internationale, y compris du Fonds mondial, des agences des Nations Unies et des ONG internationales, de garantir qu’il n’y ait aucune pénurie de médicaments, de moustiquaires ou de tests de diagnostic durant la saison du paludisme.

Nous pouvons avoir un impact significatif sur le paludisme en RCA : nous pouvons sauver beaucoup de vies, surtout des enfants; par la même occasion, nous pouvons renforcer le système de santé. Nous pouvons aussi lutter contre un fatalisme répandu et pervers qui est d’avis que la situation est désespéré et qu’on ne peut rien y faire. Ce qui tue la République centrafricaine c’est autant ce fatalisme, que les conflits, les maladies et le système de santé défaillant.

Quelle est l’action de MSF dans cette région?

MSF œuvre en RCA depuis 1997 et dirige actuellement des projets dans cinq des 17 préfectures du pays, la plupart, mais pas tous, situés le long des frontières les plus instables. Nous couvrons des projets à Carnot dans le Mambéré-Kadéï ; à Paoua dans le Ouham-Pendé ; à Boguila, Kabo et Batangafo dans l’Ouham; à Ndele dans le Bamingui-Bangoran et à Zémio dans le Haut Mboumou.

En 2011, MSF a traité environ 610 000 patients en consultation externe et environ 29 000 dans les hôpitaux du pays.