Centrafrique : Le pays s’enfonce tous les jours un peu plus dans l’horreur

Le Conseil de sécurité doit immédiatement renforcer les troupes internationales

Depuis un mois, les combats entre des éléments de l’ex-Séléka et des groupes d’autodéfense dits « Anti-Balaka » ont fait au moins 170 morts. La FIDH alerte la communauté internationale sur ces affrontements qui prennent une tournure inter-communautaire et placent la population civile au centre des combats et dans la plus totale insécurité.

Dans son dernier rapport d’enquête sur la situation en République centrafricaine, la FIDH dénonçait les meurtres, crimes sexuels, enlèvements, pillages et destructions de biens, qualifiés de crimes de guerre, commis en toute impunité par des éléments de l’ex-Séléka, nébuleuse rebelle qui contrôle tout le territoire depuis le coup d’État du 24 mars 2013.

L’absence de force publique et l’impuissance des troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA) à garantir la sécurité, ont poussé des villageois à se constituer en milices d’autodéfense. Les conflits récurrents entre ces milices et les ex-Séléka sont meurtriers et se caractérisent par des affrontements interconfessionnels, les troupes ex-Séléka, dirigées par des seigneurs de guerre du nord de la Centrafrique, du Soudan et du Tchad, armant la population musulmane pour affronter les Anti-Balaka.

La première quinzaine de septembre, à Bossangoa et dans les environs, des affrontements entre d’ex-Séléka et des milices d’autodéfense ont fait plus de 100 morts. De nombreux villages ont été incendiés.

Le 3 octobre, plus d’une vingtaine de civils auraient été tués par des éléments ex-Séléka à Bangui-Bouchia, dans la région de Lobaye, à moins de 100 km au Sud de Bangui.

Le 4 octobre, selon le Bureau intégré des Nations unies en Centrafrique (BINUCA), des affrontements ont éclaté dans la localité de Bossangoa, au village Korom (axe Bossembélé) avec là encore de nombreuses victimes civiles.

Début octobre toujours, au moins quatorze personnes auraient été tuées lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans armés par les ex-Séléka à Bangassou, dans l’est du pays.

Les 7 et 8 octobre 2013, à Garga, dans la localité de Yaloké, 200 km au nord-ouest de Bangui, des miliciens Anti-Balaka auraient tué trois membres des ex-Séléka. En représailles, les éléments de l’ex-Séléka auraient distribué des armes aux populations de confession musulmane et auraient tué plus d’une trentaine de villageois et blessé des dizaines d’autres.

« Dès juillet, nous avons sollicité une forte mobilisation de la communauté internationale pour renforcer les troupes internationales en RCA et ainsi éviter le chaos lié à la situation d’anarchie. Les efforts entrepris par l’Union africaine doivent maintenant être immédiatement soutenus par l’ONU sans quoi les massacres de civils risquent de se multiplier », a déclaré Eric Plouvier, chargé de mission de la FIDH.

La FIDH appelle le Conseil de sécurité des Nations unies qui doit se réunir demain sur la situation en Centrafrique à adopter une résolution condamnant les graves violations des droits de l’Homme, appelant au désarmement effectif des ex-Séléka et des milices et prenant des sanctions contre les auteurs des crimes les plus graves. Pour garantir la sécurité de la population civile, le Conseil de sécurité doit par ailleurs apporter un fort soutien aux troupes internationales présentes en RCA, y compris en envisageant la transformation de la MISCA en opération de maintien de la paix, renforcer le mandat et les moyens de cette mission et du BINUCA pour placer la protection des droits humains au centre de l’action de la communauté internationale en RCA et soutenir la justice nationale et internationale pour lutter contre l’impunité des auteurs des violations de droits humains.