Ban Ki-moon sonne le tocsin à Bangui pour empêcher un nouveau génocide en Afrique

Report
from Agence France-Presse
Published on 05 Apr 2014

04/05/2014 19:23 GMT

Par Jean-Pierre CAMPAGNE

BANGUI, 5 avril 2014 (AFP) - Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé samedi à Bangui les Centrafricains et la communauté internationale à se mobiliser pour empêcher un nouveau génocide en Afrique, 20 ans après le Rwanda, au cours d'une visite dans ce pays livré à "une épuration ethnico-religieuse".

"D'ici je vais directement à Kigali pour commémorer le 20e anniversaire du génocide rwandais", a lancé M. Ban dans un discours au parlement provisoire. Il effectuait une visite de quelques heures à Bangui sur la route du Rwanda, destinée à réclamer le déploiement avant la fin 2014 d'une opération de maintien de la paix de l'ONU en Centrafrique.

"C'est votre responsabilité à tous - en tant que leaders - d'assurer que nous n'aurons jamais à commémorer un tel anniversaire en Centrafrique. Ne répétez pas les erreurs du passé, n'oubliez pas d'en tirer les leçons", a-t-il dit à la tribune du Conseil national de transition (CNT), le parlement provisoire.

"Une épuration ethnico-religieuse est une réalité" en Centrafrique, a souligné le secrétaire général, qui s'est également entretenu avec la présidente centrafricaine de transition, Catherine Samba Panza dont il a salué "la détermination".

La Centrafrique s'est enfoncée dans un cycle infernal de violences intercommunautaires qui ensanglante le pays depuis un an.

  • "J'ai entendu leurs histoires effroyables" -

"De nombreux membres de la minorité musulmane ont fui. Musulmans et chrétiens sont exposés à un danger mortel du simple fait de leur appartenance à une communauté ou de leur croyance", a-t-il dit, rappelant que "des crimes atroces sont commis ici".

Avant de s'exprimer au CNT, M. Ban - protégé par un dispositif de sécurité impressionnant déployé par les forces internationales, dont un hélicoptère de combat français survolant en permanence le cortège - s'est rendu aux abords du camp de déplacés de l'aéroport où s'entassent des dizaines de milliers d'hommes, femmes et enfants dans des conditions sanitaires déplorables.

"J'ai entendu leurs histoires effroyables", a-t-il dit.

Ensuite, dans le quartier du PK-5, où des musulmans sont encerclés depuis des semaines par des miliciens majoritairement chrétiens anti-balaka et des bandes de pillards, il s'est entretenu avec l'imam de la grande mosquée du quartier.

"Je suis très triste de ce que j'ai vu", a-t-il commenté, accueilli par un millier de déplacés qui ont trouvé refuge dans la mosquée.

"Je suis ici pour montrer la solidarité" de la communauté internationale, a-t-il dit à ses interlocuteurs: "Comme vous le savez, j'ai demandé au Conseil de sécurité d'établir une opération de maintien de la paix. J'espère que le Conseil prendra une décision dans quelques jours".

Appuyé par la France - qui a déployé une force de 2.000 hommes dans son ancienne colonie pour aider la force africaine (Misca, 6.000 hommes) à pacifier le pays - le secrétaire général plaide pour le déploiement avant fin 2014 d'une opération de l'ONU forte de 12.000 hommes.

Cette opération devrait prendre le relais des Français de Sangaris, de la Misca - dont le Tchad a annoncé jeudi son retrait, en raison d'une vive polémique avec l'ONU sur le rôle de son contingent - et de la force européenne attendue prochainement à Bangui.

Ce départ précipité des Tchadiens entraine "un vide compte tenu du nombre de contingents qui restent dans le pays", a reconnu M. Ban.

Il a félicité la Misca et la force Sangaris "dont l'action rapide a pu empêcher à ce jour le pire".

Mais "leurs moyens sont insuffisants et elles sont submergées par l'ampleur même des besoins", a relevé le secrétaire général de l'ONU.

  • "Des décennies de corruption" -

Début mars, le secrétaire général a exposé au Conseil de sécurité son projet d'opération qui comprend un ambitieux volet civil destiné à rétablir un minimum d'Etat et d'administration dans un pays livré au chaos, notamment dans la perspective d'élections générales prévues en février 2015.

Car, "des décennies durant, la structure de l'État a été éviscérée par le gaspillage, la corruption et l'indifférence de la communauté internationale", s'est indigné M. Ban.

La Centrafrique traverse une crise humanitaire sans précédent, avec des centaines de milliers de déplacés fuyant les violences.

Formées en réaction aux exactions contre la population perpétrées pendant des mois par les combattants essentiellement musulmans de la Séléka après leur prise du pouvoir en mars 2013, les milices anti-balaka, groupes formés à l'origine de paysans chrétiens de l'ouest, pourchassent la population musulmane, contrainte à l'exode.

Au terme "d'une visite très émouvante", M. Ban a quitté Bangui pour Kigali.

bur-mc/jpc/jlb

© 1994-2014 Agence France-Presse

Agence France-Presse:

©AFP: The information provided in this product is for personal use only. None of it may be reproduced in any form whatsoever without the express permission of Agence France-Presse.