Retranscription de l’interview accordée par le Président de la République, Alassane Ouattara, à ONUCI FM et à Radio Côte d’Ivoire à Bondoukou, lors de sa tournée dans la région du Zanzan du 27 au 30 novembre 2012

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from UN Operation in Côte d'Ivoire
Published on 02 Dec 2012 View Original

L'interview à été diffusée intégralement, le dimanche 02 décembre à 11h00, sur les antennes d’ONUCI FM et rediffusée, le lundi 03 décembre 2012, après le journal de 07h00.

Radio Côte d’Ivoire : Monsieur le Président de la République bonjour

Le Président de la République, Alassane Ouattara : Bonjour Madame

Radio Côte d’Ivoire : Vous venez de terminer une visite de quatre (04) jours dans le district du Zanzan et c’est un honneur pour nous de nous recevoir juste à l’issue de cette visite. Pour vous interroger, Constant Mahilet de ONUCI FM et moi-même Saly Sliué Konaté de Radio Côte d’Ivoire. Alors Monsieur le Président, quelles sont les raisons qui ont motivé cette visite de travail dans le district du Zanzan ?

Le Président ivoirien, Alassane Ouattara : Merci beaucoup Madame. En tout cas je suis heureux d’avoir cette opportunité. Vous savez, le Zanzan est la région la plus pauvre de Côte d’Ivoire. Je l’ai constaté à l’occasion de la campagne présidentielle. Bien sûr c’est une région que je connais bien aussi, puisqu’elle est proche de Kong, ma terre paternelle, et après l’ouest qui a connu beaucoup de meurtrissures et de problèmes à l’issue de la crise postélectorale, j’ai estimé que je devais venir ici dans le Zanzan apporter ma compassion aux populations, et qu’elles comprennent qu’elles ne sont pas oubliées, que j’ai fait des promesses, et je suis venu leur dire ce que nous avons commencé à faire, ce que nous allons faire, et dans quels délais, leur donner un message d’espoir. Je sens que mon message a été bien compris et je m’en réjouis.

ONUCI FM : Monsieur le Président de la République, c’est vraiment un réel plaisir de vous retrouver, parce que depuis la campagne électorale ou je vous ais interrogé par deux fois,

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Tout à fait.

ONUCI FM : Nous ne nous sommes pas revu, félicitations à vous à la tête du pays

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Merci beaucoup, merci beaucoup.

ONUCI FM : Alors pour la question, nous voulons juste savoir Monsieur le Président de la République, quel est le constat général que vous avez fait au terme de ces quatre (04) jours de visite ? Parce que vous avez quand même parcouru neuf (09) départements du Zanzan.

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Tout à fait. Non vous avez raison, j’ai parcouru les neuf départements du Zanzan, aussi bien dans le Bounkani que dans le Gontougo et mon premier constat c’est de dire que je sens une région qui recommence à vivre et qui croit en l’avenir. Je vous donne un exemple très simple. Pendant les deux campagnes, les deux visites que j’ai eu à effectuer ici, la dernière c’était en octobre 2009, quand j’allais dans une cour et que je voulais me laver les mains, même chez les Préfets, il n’y avait pas une goutte d’eau. Partout où je suis passé, il y avait de l’eau dans les maisons, c’est déjà pas mal. A Bondoukou, je me suis lavé dans un seau d’eau, vous voyez ! Chaque fois que je suis venu ici, pas une goutte d’eau dans la ville de Bondoukou. Maintenant il y a de l’eau courante ce n’est pas complet, il n y avait pas d’électricité, nous avions du amener un groupe électrogène à Bondoukou comme à Bouna. Aujourd’hui, il y a de l’électricité ; les centres de santé n’avaient pas de médicaments, mon épouse a fait un certain nombre de tours dans les centres de santé, elle a amené des cadeaux, beaucoup de médicaments .Beaucoup de parents me disaient que leurs enfants n’allaient pas à l’école parce qu’ils n’avaient pas de fournitures pour les enfants ; selon nos statistiques, cette année le nombre d’enfants envoyés à l’école a augmenté de 15%, c'est-à-dire que maintenant les parents envoient leurs enfants à l’école. Alors je pourrais continuer, c’est pour vous dire que voici une région qui recommence à vivre, qui croit en l’avenir et par conséquent, c’est une grande joie pour moi, je m’en réjouis c’est ce que je voulais pour cette région et j’ai démarré, je signale que je n’ai fais que dix-huit (18) mois de mon mandat et je veux que ces populations comprennent que j’ai encore trois (03) ans devant moi et que nous allons accélérer le rythme, et que nous ferons beaucoup plus dans les dix huit (18) mois à venir que dans les dix huit (18) mois passés, à fortiori, sur les trois (03) années à venir.

Radio Côte d’Ivoire : Alors quels sont véritablement les engagements que vous prenez à l’issue de cette visite pour véritablement « booster » le développement dans la région du Zanzan ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara : Oui, je suis mon programme de gouvernement. Vous voyez, nous avions d’abord fait une étude exhaustive avant la campagne électorale, nous avons recensé les problèmes des départements, des Sous-préfectures mêmes des villages. Les problèmes sont à peu près les mêmes : des problèmes d’eau, d’électricité, des problèmes sociaux, d’écoles, de santé et d’infrastructures. Alors, ce sont ces problèmes recensés que nous tentons de résoudre en faisant un calendrier d’exécution. Par conséquent, je me réjouis de voir que dans chacun des départements, par exemple, si vous prenez dans le Bounkani, que ce soit bien sûr à Bouna, que ce soit à Doropo, que ce soit à Téhini, que ce soit à Nassian, partout ce sont les mêmes problèmes. Nous avons commencé l’exécution. Il y a des endroits où nous sommes à 50 % d’exécution de notre programme, dans d’autres endroits, c’est à 25%, mais nous continuerons, c’est la même chose dans le Gontougo.

ONUCI FM : Monsieur le Président de la République, qu’en est-il alors de ces quatre cent cinquante milliards de Francs CFA (450 milliards) annoncés pour le relancer le développement dans cette région, et est que vous pouvez nous préciser la clé de répartition ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Vous savez les quatre cent cinquante milliards (450 milliards) sont pour la région du Zanzan. Il y a une partie bien sûr pour la région du Bounkani et une partie pour le Gontougo. Pour le Bounkani, c’est cent soixante trois milliards (163 milliards) et pour le Gontougo donc, c’est deux cent quatre vingt sept milliards (287 milliards). Cela comprend tout vous voyez ! Bon je prends un exemple, Bouna-Doropo est une route importante, et donc sur les cent soixante trois milliards (163 milliards), cette route fait trente-huit milliards (38 milliards), presque quarante milliards (40 milliards). Nous avons obtenu les financements, c’est donc quelque chose de réglé et qui va être mis en exécution. Nous avons ensuite réhabilité une partie du tronçon Bouna- Bondoukou qui est totalement détériorée, là l’Union Européenne va nous aider, ensuite nous avons par exemple une requête que nous avons entendu partout, c’est la question de la remise en état du pont sur la Comoé, cela fait cinq milliards (05 milliards), nous avons mis en place les cinq milliards (05 milliards), les travaux commencent l’année prochaine, et ainsi de suite. Nous avons l’université de Bondoukou qui est aussi dans le programme, c’est un investissement d’à peu près vingt (20) à vingt cinq (25) milliards, nous avons également l’intention de le faire. Certains de ces investissements seront faits sur ressources propres, c'est-à-dire sur le budget de l’Etat et d’autres par des ressources extérieures. Et c’est en cela que le PPTE est très important ne serait-ce que par exemple la France, qui vient d’annuler 2000 milliards de remboursements de dette que nous lui devons. Ces montants seront répartis par année et seront consacrés à des investissements dans les secteurs sociaux notamment. Et ces ressources permettront de construire des écoles, des centres de santé, des routes et autres. C’est important que l’on sache que la notion générale de dire qu‘’on ne voit pas l’argent circuler’’, bien sûr on ne voit pas l’argent circuler, parce qu’il y a moins de corruption, mais on voit l’argent investi dans les ponts, dans les des écoles, dans les centres de santé, donc la majorité de la population bénéficie de l’argent public, et c’est ce que moi je veux et non pas donner la possibilité à une minorité de bien vivre et d’oublier les autres. Et donc, je suis déterminé à exécuter ces projets et nous avons les moyens de le faire.

Radio Côte d’Ivoire : Monsieur le Président, le message ici dans le District du Zanzan a été un message de développement mais également un message de paix et surtout de réconciliation nationale. Vous avez beaucoup insisté sur la réconciliation nationale dans vos différentes interventions, alors que doit-on comprendre quand vous parlez de gestes forts dans les prochains jours ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Oui, vous savez, la réconciliation est indispensable pour notre Nation. Il y a eu des divisions, ensuite des fractures, ensuite une guerre fratricide, des armées se sont affrontées, nous avons eu plus de 3000 morts. C’était traumatisant pour les Ivoiriens. Maintenant, à l’issue de cette crise il y a eu des arrestations. Il faut maintenant passer à la phase suivante qui est la nécessité que la justice fasse son travail pour permettre au Président de la République d’user de son droit de grâce. Ceci me parait indispensable. Nous ne pouvons pas rester dans une situation de tension permanente avec des personnalités, qui peut être par ambition personnelle ou autre situation, mais qui n’ont pas commis de crimes de sang. Voilà ce dont je parle quand j’indique qu’il y aura des gestes forts mais cela ne peut se faire que quand la justice fera son travail. Moi je suis pour de l’Etat droit. Nous devons construite l’Etat droit, cela veut dire que je ne peux pas appeler des juges pour leur donner des instructions. La justice doit faire son travail. Je comprends qu’elle n’avait pas les infrastructures. Souvenez-vous, à l’issue de la crise postélectorale, les prisons avaient été cassées, les Tribunaux, les Cours n’étaient pas du tout en mesure d’accueillir des gens. Il n’y avait même pas de machines, il n’y avait pas de téléphone, beaucoup de juges avaient fui etc. Il n’y avait pas internet, il n’y avait rien du tout dans les Tribunaux. Et tout cela a pris du temps, il fallait 6 à 8 mois, et après cela il faut entreprendre des enquêtes, après mettre en place des Cours d’Assises. Tout cela est maintenant fait, les jugements vont commencer et ces jugements doivent aller très rapidement. Pour les militaires cela a déjà commencé, il faut maintenant passer au jugement des civils et en finir avec cette situation. Ceux qui doivent rester en prison pour des crimes de sang doivent l’être, mais ils sont bien sûr considérés comme innocents jusqu’à ce que la justice fasse son travail. Mais il est clair qu’un certain nombre de personnes doivent pouvoir avoir la possibilité d’avoir leur liberté dans les meilleurs délais.

Radio Côte d’Ivoire : Dans vos propos on a pu s’apercevoir que le pardon, la réconciliation nationale ne peuvent se faire que s’il y a repentance pour que le pardon advienne. Parce que vous avez toujours lié le pardon à la repentance.

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Moi je ne lie pas, mais je considère que c’est même dans nos traditions. Quand on va vous demander pardon, quand on accorde son pardon, c’est parce que la personne est venue vous dire j’ai fauté et que ce soit dans toutes les religions d’ailleurs, chrétienne comme musulmane, les deux vont ensemble, mais ce ne sont pas des conditions préalables. Je crois que c’est de l’intérêt de tous quand on a commis une erreur, on accepte de le dire et d’ailleurs le Seigneur le pardonnera plus facilement à fortiori des êtres humains. Je crois qu’il faut nécessairement se pardonner. Ceux qui ne veulent [pas faire de repentit c’est leur décision personnelle mais ma conviction mais ma conscience, moi, me dit que si j’ai fauté, que je reconnais que j’ai fauté, je demande pardon, je demande la grâce pour que nous puissions tourner la page. Ceci me parait essentiel compte tenu de notre culture et de notre religion dans notre pays.

ONUCI FM : Monsieur le Président, on vous suit parfaitement pour parler de justice et l’on a constaté que la Commission Nationale d’Enquête a livré les résultats de ses enquêtes et jusque-là nous sentons la justice un peu lente et vous nous avez rassurés tantôt pour dire que les choses vont aller très vite. Est-ce à dire que les grands procès vont s’ouvrir sur la crise postélectorale dans peu de temps ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: C’est ce que moi je souhaite, mais vous savez, je ne peux pas vous dire à quel rythme la justice va travailler, mais je peux vous dire que la Commission Nationale d’Enquête a fait son travail. Les Commission antérieures qui ont été mises en place dans notre pays, quelques fois n’ont jamais rendu leur rapport. J’ai fait exprès avec le Gouvernement en créant cette Commission de dire : « Ecoutez, vous avez 6 mois renouvelables, une seule fois ». Cela a obligé la Commission Nationale d’Enquête à donner les résultats de son enquête en 12 mois. Maintenant, ce rapport je l’ai rendu public, je l’ai remis devant la Nation entière, devant le monde entier, aux mains du Ministre de la Justice et maintenant, il lui appartient d’actionner les enquêtes et les suites judiciaires. Je pense qu’il y a suffisamment de matière pour que cela puisse se faire et que cela permettra d’arrêter cette notion de justice des vainqueurs, parce que sur ces cas qui ont été recensés, il y a des gens qui étaient bien sûr entre guillemets ‘’ pro-Gbagbo’’ et ceux qui étaient considérés comme pro-Ouattara. Mais tous ceux qui ont commis des crimes passeront devant la justice. Il n’y aura pas d’impunité, il n’y aura de protection pour personne.

Radio Côte d’Ivoire : Monsieur le Président de la République, on va dire un mot du nouveau Gouvernement qui a été formé récemment juste avant votre visite dans le Zanzan. Vous venez de passer quatre jours dans le Zanzan, vous avez promis de respecter vos engagements. Alors, qu’est ce que vous attendez de ce Gouvernement de M. Daniel Kablan Duncan ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Oui, d’abord pourquoi j’ai fait ce Gouvernement ? Il y avait une crise institutionnelle, c’était normal qu’elle puisse être réglée. Je me réjouis d’ailleurs que cela ait été réglé à la satisfaction de tous et que les incompréhensions et les intoxications par rapport à ce Code de la famille aient été levées. Nous sommes quand même des Africains, nous avons nos coutumes. Le fait de vouloir être modernes ne veut pas dire qu’on impose à un foyer tel ou tel comportement. Beaucoup de familles sont polygames pourtant la polygamie n’est pas autorisée par la loi en Côte d’Ivoire. Donc, c’était un faux débat mais il fallait resserrer nos rangs au sein du RHDP. Je crois c’est chose faite, mais évidemment maintenant chaque fois qu’il y a une crise institutionnelle, il y a une opportunité politique. J’ai considéré, ayant entendu les commentaires et les opinions de mes concitoyens, que nous avions trop de Ministres et qu’il y avait un éparpillement du processus de décisions. C’est pour cela que j’ai réduit le nombre de Ministère de 35 ou 36 à 28 et d’ailleurs il y a quand même 11 Ministres qui ont quitté le Gouvernement. Les gens ne le mentionnent pas assez. C’est un remaniement important. Quasiment le tiers du Gouvernement a été remplacé. Certains Ministres, bien sûr, étaient plus politiques, je les ai remplacés par des personnalités connues dans le secteur qui est le leur. Je prends le Ministère des Finances, je prends le Ministère de l’Industrie avec Jean-Claude Brou qui a géré le Comité de privatisation quand j’étais Premier Ministre, je prends le Ministère du Commerce avec M. Jean-Louis Billons, je prends le Ministère du Tourisme avec notre frère Roger Kakou qui a géré de très grandes chaines d’hôtellerie dans le monde, je prends Me Affoussy Bamba qui est donc une femme bien connue pour sa maitrise du porte-parolat et de la communication. Vous voyez c’est un Gouvernement resserré en faisant rentrer des personnalités qui sont des spécialistes dans leur secteur. Ceci permettra une accélération des choses et nous avons comme Premier Ministre, un chef d’orchestre du Gouvernement qui a occupé cette fonction pendant 6 ans sous l’autorité du Président Bédié et qui été également quasiment Vice-premier Ministre quand moi j’étais Premier Ministre de 90 à 93, qui connait donc l’économie ivoirienne, qui connait la société, qui connait mes méthodes de gestion. Le Premier Ministre Ahoussou a fait du bon travail, mais nous avons une autre mission pour lui que le Président Bédié et mois, avec nos alliés du RHDP, nous allons préciser ultérieurement. Il n’a pas démérité mais il était question de mettre chacun à sa place pour nous permettre de renforcer le RHDP.

ONUCI FM : Et quels sont les objectifs que vous fixez à cette nouvelle équipe gouvernementale M. le Président de la République?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Les objectifs sont de respecter notre programme de Gouvernement, d’accélérer la mise en œuvre de ce programme, de mobiliser le maximum de ressources même au-delà de ce que nous avons programmé. Souvenez-vous, pendant ma campagne, j’avais parlé de 11.000 milliards de FCFA. Nous avons un groupe consultatif la semaine prochaine à Paris, début décembre. Nous sommes quasiment certains de mobiliser cette somme. Donc, il y aura la mobilisation des ressources extérieures mais il y aura également la mobilisation des ressources intérieures, c’est-à-dire les recettes d’impôt, de douane, des recettes non fiscales pour permettre à la Côte d’Ivoire une meilleure utilisation des ressources publiques. Comme je le disais, l’argent circulera pour construire des ponts, pour construire des écoles, des centres de santé pour créer des universités et ainsi de suite. Et cela a déjà commencé puisque le taux de croissance en cette année est déjà estimé à 8,6% par le Fonds monétaire International et l’année prochaine nous sommes quasiment certains d’avoir un taux de croissance équivalent. L’objectif est qu’avec tout ce que nous avons comme potentialités, comme investissements, dans deux ans, à partir de 2015, la Côte d’Ivoire ait un taux de croissance au-delà de 10%, ce qui aura comme conséquences de réduire le taux de pauvreté d’un Ivoirien sur deux à un Ivoirien sur quatre. C’est déjà quand même pas mal.

Radio Côte d’Ivoire : Monsieur le Président de la République , vos ambitions économiques et financières pour la prospérité et le développement de la Côte d’Ivoire sont tout à fait nobles, mais cela demande un contexte de paix et de sécurité. Quelle appréciation faite vous de la situation sécuritaire et même des Droits de l’homme en Côte d’Ivoire.

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Vous savez, nous devons être transparents dans ce que nous faisons et nous avons également une méthodologie de régler les problèmes de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens et il fallait au départ, régler les problèmes urgents, ce que j’avais appelé avec le programme présidentiel d’urgence et les résultats sont bons. Et ensuite nous devions nous attaquer aux questions de sécurité, c’est ce que nous avons fait, réintégrer les deux armées, faire en sorte que la chaîne de commandement soit précisée, donner des moyens à la police, à la gendarmerie et à l’armée et ainsi de suite. Nous l’avons fait également. Il fallait s’attaquer à la question de la division de la société ivoirienne. J’ai mis en place la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR), mais tous ces chantiers vont ensemble. Ce n’est pas comme si on règle un chantier avant de passer à l’autre. Donc tout cela est en marche aujourd’hui. La réconciliation est en marche. Vous étiez là vous avez assisté, je crois que c’est à Tanda quand il y des chefs Attiés qui sont venus auprès du roi des Abrons pour présenter leurs excuses pour ce qui s’est passé, pour ce qui n’a pas été une bonne chose de leur part. La repentance est là, maintenant ils sont totalement engagés. Ils ont indiqué qu’ils reconnaissent leurs fautes et ils voulaient demander pardon pour que les Abrons, les autres communautés qui ont eu des difficultés avec ces chefs puissent comprendre qu’ils doivent vivre ensemble. C’est important. C’est à dire que la réconciliation n’est pas seulement l’affaire du Chef de l’Etat, de la Commission, du Gouvernement mais de chaque Ivoirien, des chefs traditionnels, des chefs religieux. J’ai reçu il y a un peu plus d’un mois, tous les Evêques de Côte d’Ivoire et nous avons parlé pendant pratiquement deux heures de temps. Je reçois bientôt le COSIM et l’association des pasteurs. Donc en matière de réconciliation, j’ai bon espoir parce que les choses avancent. Maintenant, en matière de sécurité, les choses allaient très bien jusqu’au mois de juillet quand je suis allé en Tanzanie, la Banque Africaine de Développement (BAD) qui tenait son Assemblée générale annuelle avait décidé que la BAD serait transférée en Côte d’Ivoire parce que l’indice d’insécurité était tombé de 4 à 2. Malheureusement, au mois d’août-septembre, Nous avons connu ces attaques contre le camp d’Akouédo, les commissariats ici et là mais nous avons réagi parce que nous étions bien organisés pour faire face à toute tentative de déstabilisation. Les choses ont été rapidement maitrisées et maintenant l’indice d’insécurité est tombé de 4 à 1. C’est dire qu’au plan de la sécurité, au moment où je vous parle, les choses se passent bien et on ne peut pas avoir de développement sans sécurité, sans paix. Ceci étant, à l’occasion de ces attaques, des miliciens attaquent des camps militaires, attaquent des commissariats, la réaction des autres a été brutale, parce que ce sont des militaires, ils sont habitués à l’utilisation des armes. Il y a eu sans doute des dérapages. Il nous appartient à nous de faire des enquêtes et de nous assurer que l’Etat de droit que nous voulons développer, se matérialise. Donc des enquêtes sont en cours. Malgré cette situation, il faudra sans doute voir ce qui s’est réellement passé. Moi j’accepte toutes les recommandations des structures des Droits de l’homme, que ce soit Amnesty, Human Right Watch, FIDH, c’est très bien mais nous voulons que ceci se fasse dans un esprit positif. Nous ne voulons pas nier ce qui s’est passé dans notre pays, mais les circonstances étaient là. Moi je suis chargé d’assurer la protection et la sécurité de mes concitoyens. Des personnes venues de pays voisins viennent attaquer des familles innocentes, des camps militaires, des commissariats et on veut que je reste les bras croisés, ce ne sera pas le cas. Mais par contre, j’en appelle maintenant au renoncement à la violence. C’est comme cela que nous allons pouvoir entreprendre des démarches et faire en sorte que ce pays trouve une paix durable

ONUCI FM : Evoquons à présent le DDR Monsieur le Président de la République. Avec la création de l’ADDR, c’est autorité du DDR. Est-ce qu’on peut espérer cette fois que ce processus puisse aboutir

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Pourquoi nous avions des difficultés ? Parce qu’il y avait sept (7) structures qui faisaient la même chose ? Toutes ces structures ont été regroupées en une seule, l’ADDR, l’Autorité du Désarmement, Démobilisation et Réinsertion. Nous avons la chance d’avoir à la tête de cette structure un de nos compatriotes qui a fait ce travail au Congo Kinshasa où le problème était plus large, plus profond et qui a une bonne expérience et qui reprend tout le processus à zéro. Il a déjà montré sa capacité, il a déjà pu amener un certain nombre de jeunes gens à abandonner les armes et à adhérer au processus et certains seront recrutés comme gardes pénitentiaires, forestiers, comme des agents de douane, ainsi de suite. Ces jeunes gens, on doit leur donner un avenir. On ne fait pas de discrimination. Ce ne sont pas seulement des jeunes gens qui ont combattu avec un groupe et qui doivent être privilégiés. Bien sûr, il y a des méfiances en ce moment mais ce programme doit être étendu à tous y compris aux miliciens parce que les miliciens, ces jeunes gens, ils ont été manipulés. On leur a dit, ‘’ venez faire telle chose on vous sonne de l’argent’’. Mais ce sont des Ivoiriens, il faut les prendre en compte et ils seront pris en compte, je pense dans les prochains mois.

Radio Côte d’Ivoire : Monsieur le Président de la République, depuis que vous êtes à la tête du pays il y a 18 mois, vous avez effectué beaucoup de déplacements à l’extérieur du pays. Alors, entre deux avions, quelles sont les retombées de ces nombreux voyages pour la Côte d’Ivoire ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara : Ces voyages qu’on me reproche sont des voyages qui sont nécessaires pour notre pays. Nous avons un pays qui a été totalement isolé pendant des années, un pays où même certaines personnes qui sont originaires de pays voisins ne se sentaient pas en sécurité. Ces voyages ont d’abord lieu pour améliorer les relations avec les pays voisins, c’était la première chose. La deuxième chose, ces voyages avaient un objectif, pas seulement diplomatique mais également économique parce que maintenant il faut faire de l’éco-diplomatie. J’ai voulu aller dans des pays tels que le Nigeria, le Ghana, bien sûr les pays de l’UEMOA avec lesquels nous avons des relations économiques fortes pour nous assurer que nous allons améliorer nos relations commerciales et économiques avec ces pays. Et au-delà, le monde maintenant avec la mondialisation, tout est intégré. Nous avons un ambitieux programme de développement. Pour le financement de ce programme, il faut nécessairement des ressources intérieures mais il faut également des ressources extérieures. Ces missions ont eu pour but de voir comment un certain nombre de pays pouvaient venir en aide à la Côte d’Ivoire. Je prends le cas de la France. C’est grâce à ces démarches, à ces voyages que la France va bientôt signer l’allègement de 2000 milliards de FCFA. Donc ces voyages ont apporté, ne serait-ce que du côté français, 2000 milliards de FCFA à la Côte d’Ivoire. Je prends le cas de la Chine. Nous avons de grands projets tels que le chemin de fer qui va aller de San-Pedro à Man avec branchement sur Ouagadougou. C’est un milliard et demi de dollars. Nous avons le barrage de Soubré qui fait 500 millions de dollars. Donc rien que ces deux projets valent deux milliards de dollars et cela fait 1000 milliards de FCFA. Donc, je peux vous dire, ces deux voyages nous ont apporté 3000 milliards de FCFA. Et je peux continuer. J’irais en Allemagne en janvier, je vais également procéder à la signature de l’abandon de la dette. Nous devons à l’Allemagne 500 millions de FCFA. Ce voyage permettra l’allègement de cette dette et ainsi de suite. Je suis également allé en Israël, un pays où il y a beaucoup de sociétés qui viennent investir dans le pays, je suis allé en Arabie Saoudite et également le Président de la Banque Islamique de Développement est venu en Côte d’Ivoire. Ils ont maintenant décidé de financer toute une série de projets, terminer l’autoroute Abidjan-Yamoussoukro, continuer jusqu’à Bouaké, ils vont construite la route Boundiali-Odienné pour aller sur Kankan et la Guinée et ainsi de suite. Vous savez, ces voyages ne sont pas des voyages de plaisir. C’est épuisant ces voyages. Vous faites un vol d’Abidjan, vous arrivez le lendemain, vous êtes en réunion, vous finissez vous repartez, mais j’en suis très satisfait parce que je peux vous dire qu’en 2012, c’est des milliers de milliards que j’ai apporté à mon pays et je continuerai. C’est cela la diplomatie moderne. Un Chef d’Etat ne peut pas s’asseoir à la maison et penser que les gens viendront à lui et tout simplement lui faire des compliments. Nous devons aller vers les autres, les convaincre que notre pays est un pays fréquentable, un pays d’opportunités, un pays où les gens peuvent faire des affaires et avoir de l’argent parce que ceci est important pour réduire le chômage, le chômage des jeunes notamment….

Radio Côte d’Ivoire : Sans compter le repositionnement de la Côte d’Ivoire qui était complètement isolée. Alors Constant Mahilet vous avez….

ONUCI FM : Oui nous allons juste dire un mot M. le Président sur la sous-région avant de refermer cet entretien. Parce que nous le savons tous, vous êtes le Président en exercice de la CEDEAO, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Alors, où en est-on avec ces dossiers brûlants du règlement de la crise au Mali voisin mais également en Guinée-Bissau ?

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Avant de parler du Mali et de la politique régionale, je voudrais dire deux ou trois choses. Nous sommes au travail et c’est sincèrement que je le dis, ce Gouvernement est au travail, je félicite les Ministres, ils font un excellent travail. Le taux de croissance, c'est-à-dire la croissance de la richesse dans notre pays s’améliore, l’inflation est très basse, ce n’est pas partout le cas en Afrique, nous avons un taux d’inflation d’à peu près 2%, les pays environnants comme le Ghana sont à 9 ou10%, le Nigeria la même chose. Nous avons pris des mesures énergiques pour régler les problèmes de la cherté du coût de la vie, nous n’avons pas totalement réussi, mais nous allons continuer parce que nous tenons à préserver le pouvoir d’achat de nos concitoyens. Toux ces grands investissements ont pour objectif de réduire le chômage, notamment le chômage des jeunes, ce sont des chantiers importants. Les femmes, pendant cette rencontre avec la population, j’ai indiqué que la Première Dame, Dominique Ouattara va mettre en place à la mi-décembre, un système de microcrédits qui permettra aux femmes d’avoir un crédit de 30.000 à 1million de FCFA. Elle met en place un fonds initial de 1 milliard de FCFA, ce n’est quand même pas mal et le taux d’intérêt ne serait que de 12% alors que les autres systèmes de microcrédit prennent des taux entre 25 et 30%. Donc, nous avons l’ambition de faire en sorte qu’au-delà du rassemblement des Ivoiriens comme vous l’avez dit, de l’image de la Côte d’Ivoire dans la sous-région, mon ambition de construire une grande Nation demeure. Nous avons 24-25 millions d’habitants, mais vous savez, des pays comme Israël n’ont pas plus de 10 millions d’habitants pourtant ce sont de grandes Nations. Moi, je veux que la Côte d’Ivoire soit une grande Nation. Mon mandat je le place sous cette ambition et avec tous, je pense que je pourrais y arriver. Maintenant pour parler de la CEDEAO, si la Côte d’Ivoire retrouve cette place qu’elle avait il y a 15-20 ans, cela veut dire que nous sommes entrain d’aller vers l’objectif recherché et ce n’est pas donc étonnant que mes pairs m’aient demandé en février 2012, de prendre la Présidence de la CEDEAO. A vrai dire, je n’étais pas tout à fait favorable, mais le Président Jonathan Goodluck du Nigeria m’a relancé trois fois pour le faire et j’ai accepté par solidarité. Mais c’est dire aussi que la Côte d’Ivoire, non seulement est fréquentable mais les uns et les autres pensent que nous pouvons apporter quelque chose et j’ai accepté de le faire et manque de pot pour moi, j’ai été porté à la tête de la CEDEAO en février et voilà qu’en mars, il y a le problème du Mali et en avril, le problème de la Guinée Bissau. La satisfaction que je tire, c’est d’apporter ma contribution sur des dossiers aussi brûlants pour notre sous-région mais je vois que les choses avancent et que l’ordre constitutionnel a été rétabli dans les deux pays. Nous sommes entrain de travailler à mobiliser la communauté internationale au plan militaire comme au plan financier et au plan diplomatique. Donc les choses avancent, ce ne sont pas des dossiers faciles, ce sont des dossiers qui me prennent beaucoup de temps, mes pairs me demandent de faire une deuxième année de Présidence, évidemment ce sont des questions que nous allons examiner en février prochain, mais c’est une charge très lourde. J’ai besoin de continuer de montrer que la Côte d’Ivoire se relève de sa léthargie de son isolement et j’ai aussi besoin de me concentrer sur les problèmes des Ivoiriens.

RADIO Côte d’Ivoire : Nous arrivons au terme de cette interview. M. le Président de la République, ONUCI FM et RADIO CI vous disent merci de leur avoir accordé cette interview.

Le Président de la République, Alassane Ouattara: Je vous remercie madame, je remercie bien sûr notre radio, je remercie ONUCI FM et je peux vous dire que tous les matins j’écoute et ONUCI FM et Radio CI. Vous faites du très bon travail et je vous encourage à continuer.