La mise en perspective des questions de genre et de moyens d’existence des populations déplacées et retournées en Côte d’Ivoire entre 2002 et 2012

Report
from Brookings-LSE Project on Internal Displacement
Published on 29 Apr 2013 View Original

Résumé exécutif

Le processus de déplacement interne est un phénomène relativement ancien en Côte d’Ivoire car il remonte à une décennie. Si les origines lointaines des conflits sont liées au ralentissement économique et à la forte montée de la pauvreté, les discours politiques et certaines mesures législatives ont fait perdurer une crise latente. Jusqu’en 2007, les déplacements forcés, principalement vers les centres urbains, vont fluctuer au même rythme que les migrations économiques. Malgré la récession, les femmes déplacées vont user de leur dynamisme entrepreneurial, dans le secteur informel, afin de compenser un niveau d’étude moins élevé que les hommes qui, dans la société ivoirienne, ont en moyenne un niveau d’étude plus élevé.

L’élection présidentielle de 2010, qui devait marquer une issue à la crise politique, s’est commuée en conflit armé et a causé le déplacement d’environ un million de personnes.
Comme dans les années 2000, les femmes vont payer un lourd tribut à ce conflit et vont subir de nombreuses violations des droits humains. L’autre conséquence est la destruction du capital productif des ménages et l’augmentation des familles monoparentales en raison des décès de nombreux hommes. Les pillages, destructions et appropriations de terres ont affecté les secteurs économiques qui emploient les plus pauvres, à savoir les femmes chef de famille.

Durant le déplacement, la mobilité et la solidarité ont été utilisées pour assurer les moyens d’existence. En outre, le capital social des ménages a permis aux personnes déplacées internes (mentionnées PDI dans le texte) de trouver accueil chez des proches, des familles, voire des personnes unies par le seul lien ethnique.

L’importance inédite en Côte d’Ivoire des flux de PDI a entraîné la fixation de nombreux PDI dans des sites d’installation dans les villes. Cependant, l’installation dans ces sites constituait bien souvent une solution par défaut car les solidarités, bien plus ténues en zone urbaine, ont aussi contribué à ce phénomène.

Le rôle des autorités a permis de limiter les effets négatifs de l’aide en demandant à ce qu’elle soit équitablement distribuée au sein de la population et en restaurant une relative sécurité.
Cela a notamment permis de faciliter la mobilité des biens et des personnes, chose essentielle au développement des moyens d’existence (notamment pour les femmes qui vivent du commerce). En revanche, très peu de PDI et de retournés ont bénéficié des nombreux dispositifs étatiques de droit commun en charge de l’insertion et de la promotion des moyens d’existence. Quant à l’appui ciblé pour les PDI urbains, il s’est limité à des indemnisations pour le relogement des ménages qui étaient restés dans les camps d’Abidjan jusqu’en mars 2012 (principalement des femmes avec enfants). Les sommes données ont rapidement été insuffisantes, en raison de l’absence de support annexe pour générer une activité économique.