Elections locales sans le camp Gbagbo et dans un climat crispé

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from Agence France-Presse
Published on 18 Apr 2013

04/18/2013 10:31 GMT

Par Thomas MORFIN

ABIDJAN, 18 avr 2013 (AFP) - La Côte d'Ivoire vote dimanche pour des élections locales en forme de test avant la présidentielle de 2015, mais ces scrutins se dérouleront sans le parti de l'ex-président Laurent Gbagbo et dans un climat crispé dans certaines zones après des incidents.

Quelque 5,7 millions d'inscrits, sur 21 millions d'habitants, sont appelés aux urnes de 07H00 à 17H00 (locales et GMT) pour les élections régionales (84 têtes de liste) et municipales (659 candidats).

Il s'agit des premiers scrutins du genre depuis plus d'une décennie pour la première puissance économique d'Afrique de l'Ouest francophone. Durant cette période, la Côte d'Ivoire a connu la pire tourmente de son histoire, conclue par la crise née de la présidentielle de 2010, qui a fait environ 3.000 morts.

Ces élections doivent parachever la normalisation institutionnelle après ces événements et le président Alassane Ouattara en attend un nouvel élan pour sa politique.

Une "mascarade" pour le parti de Laurent Gbagbo, ancien chef de l'Etat arrêté en avril 2011. Comme il l'avait fait pour les législatives fin 2011, le Front populaire ivoirien (FPI) boycotte régionales et municipales, même si certains de ses militants sont candidats comme indépendants.

Le FPI exige une réforme de la commission électorale ainsi qu'une amnistie pour les crimes commis durant la crise et la libération de ses leaders emprisonnés, à commencer par Laurent Gbagbo, détenu à La Haye par la Cour pénale internationale, qui le soupçonne de crimes contre l'humanité.

Les partis au pouvoir, le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara et le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-président Henri Konan Bédié, qui ont déjà la majorité absolue à l'Assemblée nationale, sont donc assurés de se tailler encore la part du lion.

"spectre des violences"

Mais ils vont aux élections en rangs dispersés en de nombreux endroits et affrontent souvent des indépendants bien implantés. Et les derniers jours de la campagne, qui se clôt vendredi soir, ont été marqués par des incidents et dérapages verbaux qui inquiètent le RDR lui-même.

Invectives, discours de haine et "appels à la violence verbale et physique" font planer le "spectre des violences électorales" de 2010, a alerté le Mouvement ivoirien des droits humains.

"Il y aura quelques problèmes çà et là, comme toujours", minimise un haut responsable gouvernemental interrogé par l'AFP, qui attribue cette poussée de fièvre à l'appétit pour des postes locaux pouvant se révéler très rémunérateurs grâce à la corruption. "Les candidats dépensent beaucoup d'argent, ils veulent un retour sur investissement!", a-t-il dit sans ambages.

Du côté de la Commission électorale indépendante, le porte-parole Inza Diomandé assure que "les choses vont se calmer très rapidement", une fois en place le dispositif sécuritaire déployé par l'armée ivoirienne, appuyée par la force onusienne Onuci.

"Il peut y avoir des +clash+ presque partout", s'inquiète toutefois une source onusienne, citant Séguéla (nord-ouest), Abidjan ou l'Ouest, instable et de nouveau en proie en mars à des attaques meurtrières d'hommes armés.

Le taux de participation sera l'un des enjeux des élections, les dernières avant la présidentielle de 2015 à laquelle, sauf surprise, Alassane Ouattara devrait se représenter.

Il y a un risque d'"abstention-sanction" de la part d'une population impatiente de voir ses conditions de vie s'améliorer, analyse la source onusienne.

Après la récession causée par la crise, la croissance est repartie et devrait se situer autour de 8% en 2013, selon le Fonds monétaire international. Mais, souligne un visiteur du président Ouattara, "elle ne permet pas de réduire la pauvreté".

Enfin, le nouveau rapport de force entre les alliés au pouvoir sera scruté à la loupe.

Ex-parti unique, le PDCI vit mal son statut de second dans l'attelage gouvernemental avec le RDR. Le parti de Laurent Gbagbo a soufflé sur les braises il y a quelques jours: il a carrément lancé au PDCI un appel au "rassemblement" pour un "sursaut national", resté pour l'heure sans écho.

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