Investir dans la gestion durable des sols

Report
from UN Development Programme
Published on 18 Sep 2013 View Original

Par Aude Rossignol

Au Burundi, plus de 90 pour cent de la population tire ses moyens de subsistance de l’agriculture. Avec un territoire de 28,000 km² et un nombre d’habitants dépassant les 9 millions, la pression démographique sur les terres est extrême. La dégradation des sols en est l’expression la plus dramatique. La destruction de l’environnement survient en parallèle avec la paupérisation de la population : on estime que les ménages d’agriculteurs ne disposent plus qu’en moyenne de 0,5 ha de terres cultivables.

L’altération de la qualité des terres est liée à la manière dont les sols, cultivables et non cultivables, sont utilisés de façon intensive, sans que des mesures adéquates de préservation ne soient adoptées ou appliquées. Elle se manifeste particulièrement par la disparition progressive du couvert végétal. La déforestation résultant entres autres du défrichement lié à la forte pression sur les ressources forestières, aux feux de brousse, à la mauvaise affectation des terres et par la persistance des pratiques agricoles inappropriées, ainsi que leur surexploitation. Le rapport national 2012 sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement montre qu’au Burundi, la surface couverte par les forêts est passée de 11.,3 à 6,7 pour cent de la superficie totale du pays entre 1990 et 2010. Si ce rythme de déperdition des forêts est maintenu, le Burundi n`aura plus de forêts dans 29 ans.

Dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification (UNCCD) ratifiée par le Burundi, le ministère en charge de l’environnement, avec l’appui financier du Fond pour l’environnement mondial (FEM) et du PNUD, a commandité la réalisation de plusieurs études. Il s’agit de la stratégie nationale de lutte contre la dégradation des sols, une étude sur les coûts de l’inaction contre la dégradation des sols et une stratégie d’investissement et de mobilisation des ressources financières.

Les conclusions de ces travaux ont été présentées publiquement le 17 septembre à l’occasion d’un atelier à Bujumbura. Lors de l’ouverture, le chef du cabinet à la deuxième Vice-présidence a rappelé l’inquiétude du Gouvernement en précisant que « La dégradation accélérée de l’environnement se traduit par la diminution du niveau de vie et la baisse des rendements agricoles. Ces défis sont énormes à relever pour les générations présentes et à venir ».

Le coût de l’inaction : plusieurs milliards de dollars

L’atelier a permis de mettre en exergue les indicateurs relatifs aux coûts de l’inaction contre la dégradation des terres. Ceux-ci concerneraient l’exacerbation de la disparition progressive de la biodiversité végétale et animale, la destruction des infrastructures, le phénomène d’érosion, ainsi que la perte continue de terre arable qui met déjà à mal les efforts consentis pour accroitre la production agricole, et à terme, va conduire à une pauvreté généralisée. Concrètement, il a été estimé que ces coûts pourraient s’élever annuellement à 3,5 milliards de dollars en ce qui concerne le recul des écosystèmes forestiers ; à 200 millions de dollars pour les pertes agricoles et à 8 millions de dollars pour la réhabilitation des infrastructures. Ces coûts pourraient être évités par l’application rigoureuse de mesures appropriées accompagnées d’investissements moins lourds s’ils son consentis à temps. Cette étude et la stratégie nationale qui lui est liée serviront d’outil de planification stratégique. Ils faciliteront également le plaidoyer destiné à impliquer tous les acteurs concernés par la problématique : les élus, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et la population. Plusieurs de ces acteurs étaient présents lors de l’atelier de présentation des résultats des études ci-dessus mentionnées.

Dans son discours d’ouverture, le directeur Pays du PNUD, M. Xavier Michon, a rappelé l’engagement de son institution «… Je voudrais vous réaffirmer notre disponibilité et notre engagement institutionnel à continuer aux côtés d’autres partenaires à accompagner le Burundi dans le but d’asseoir les bases d’un développement durable pour le bien être de sa population. Nous devons œuvrer ensemble pour briser le cercle vicieux de la pauvreté, et maximiser le potentiel de chaque Burundais, afin de bâtir un pays plus sûr et plus durable pour tous ».