Bulletin hebdomadaire no 17-98 d'information sur l'Afrique Centrale et de l'Est

Report
from IRIN
Published on 24 Apr 1998
NATIONS UNIES
Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires / IRIN
pour l'Afrique Centrale et de l'Est
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IRIN-CEA: Bulletin hebdomadaire no 17-98 d'information sur l'Afrique Centrale et de l'Est (du vendredi 17 au jeudi 23 avril 1998)

RWANDA :

Le gouvernement fortement critique quant aux executions

Le gouvernement rwandais a fait face cette semaine a un torrent de critiques quant a sa decision d'executer en public vendredi (aujourd'hui) 22 personnes, condamnees pour leur participation dans le genocide. Les executions, les premieres depuis le commencement des proces de pres de 130 000 suspects emprisonnes, devaient etre conduites par un peleton d'execution a 10 heures ce matin, dans cinq localites specialement selectionnees, a travers tout le pays.

[La radio rwandaise a declare vendredi que les executions ont eu lieu comme prevu. Un correspondant de l'AFP a rapporte que trois hommes et une femme sont passes devant le peleton d'execution, dans un stade de football a Kigali devant une foule de plus de 100 000 personnes. La radio rwandaise a ajoute que les autres executions avaient egalement eu lieu comme prevu).

L'ONU et Amnesty International ont violement critique la decision du gouvernement rwandais. Le Haut Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Mme Mary Robinson, a declare dans un communique publie hier (jeudi), qu'elle etait "profondemment perturbee, et meme choquee" d'apprendre la decision. "Alors que je continue a condamner le genocide en des termes tres vigoureux, j'appelle le gouvernement a reconsiderer sa decision, qui, je pense, va avoir un impact negatif sur le processus de reconciliation dans le pays", a-t-elle ajoute. L'Operation sur le terrain des droits de l'homme de l'ONU au Rwanda (UNHRFOR) a deplore cette decision dans le cadre de la convention internationale des droits civils et politiques. "L'ONU proteste contre la conduite de ces executions. Nous ne considerons pas cela de facon positive", a declare le porte-parole de l'UNHRFOR, Jose Luis Hererro, dans un communique.

Dans son dernier rapport, publie en decembre dernier, l'UNHRFOR avait

exprime son inquietude quant aux proces des suspects de genocide au Rwanda, disant qu'il y avait un "manque total de respect de certaines des garanties pour des proces justes comme cela est stipule par la loi rwandaise et dans l'article 14 de la Convention internationale des droits civils et politiques". Le rapport precisait entre autres que les accuses sans avocats n'avaient pu interroger les temoins, et que la representation legale des gens dans certaines regions reculees etait limitee.

Amnesty International a declare que les executions publiques prevues etaient une "brutale pretention de justice", qui pourrait endommager tout espoir de reconciliation. "Nous continuons a faire campagne pour que ceux qui ont participe au genocide, soient juges rapidement et justement. Cependant, executer des gens... et sans honte en public... ne sert en rien les interets de la justice, mais brutalise davantage encore une societe qui essaye de se remettre des souvenirs des recentes atrocites", a indique Amnesty International dans un communique de presse.

Les cinq localites selectionnees pour ces executions publiques etaient les suivantes : le stade de football de Nyamirambo dans la capitale Kigali, Nyamata dans la prefecture de Kigali Rural, Cyasemakamba dans Kibungo a l'est du pays, Murambi dans Umutara au nord, et Gikongoro dans la prefecture Gikongoro. Tous les condamnes qui vont etre executes, avaient demande la grace presidentielle, mais elle ne leur a pas ete accordee.

Contre-attaque de l'ancien premier ministre francais

L'ancien premier ministre francais, Edouard Balladur, et trois membres de son gouvernement ont comparu mardi devant la mission parlementaire d'information, qui enquete sur le role de la France dans le genocide de 1994 au Rwanda. M. Balladur, le premier ministre de l'epoque, d'appartenance politique droite-centriste, a contre-attaque en qualifiant de "violentes, partisanes et haineuses" les allegations portees contre la France. L'AFP a rapporte que M. Balladur, intraitable, a ajoute dans ses commentaires preliminaires que "cette campagne suscite l'indignation generale". Sont comparus avec l'ancien premier ministre, son ministre des affaires etrangeres et successeur, Alain Juppe, l'ancien ministre de la defense Francois Leotard, et l'ancien ministre de la cooperation, Michel Roussin.

Au moins 90 rebelles tues par l'armee rwandaise

L'armee rwandaise a tue au moins 90 rebelles au cours des deux dernieres semaines dans la commune de Bulinga, au centre du pays, a declare jeudi un officiel rwandais de Gitarama. Les agences de presse ont rapporte le Prefet Desire Nyandwi disant que l'armee avait effectue une operation de nettoyage contre les rebelles "avec l'aide de la population". Par ailleurs, l'Agence rwandaise d'information (ARI) a fait savoir que la milice Interahamwe etait soupconnee d'avoir massacre 10 personnes pendant le week-end a Cyanika, dans la commune de Kidaho, a 25 km au nord-est de la ville de Ruhengeri.

BURUNDI :

Mort de 76 personnes, rebelles et civils

Soixante-seize personnes au total, rebelles et civils, ont ete tuees lors d'une attaque perpetree par des rebelles hutus a l'est de la capitale Bujumbura, a declare l'armee jeudi. Les agences de presse ont cite le porte-parole de l'armee, le lieutenant-colonel Isaie Nibizi, disant que 76 individus avaient ete tues mercredi lors d'une attaque perpetree a l'aube sur la commune d'Isale, situee a environ 20 km a l'est de la capitale. "Vingt-neuf civils ont ete tues par les terroristes... nos soldats sont intervenus et ont descendu 47 terroristes", a indique M. Nibizi a l'agence Reuters. Des sources locales disent qu'il s'agit du pire affrontement depuis le 1er janvier, quand des rebelles ont attaque et brievement occupe l'aeroport de Bujumbura.

Par ailleurs, IPS a rapporte que l'ancien dirigeant tanzanien, Mwalimu Julius Nyerere, allait commencer une tournee de six nations a la fin de la semaine pour solliciter un appui dans ses efforts, afin de relancer les pourparlers de paix pour le Burundi qui sont dans une impasse. M. Nyerere, mediateur internationalement reconnu du conflit burundais, va se rendre au Burkina Faso, au Nigeria, en Afrique du Sud, aux Etats-Unis, en France ainsi qu'en Suisse.

Le gouvernement a tue 88 000 personnes depuis juillet 1996, selon le CNDD

En outre, la principale organisation hutue burundaise, le Conseil national pour la defense de la democratie (CNDD), a declare jeudi a Nairobi que le gouvernement du dirigeant militaire Pierre Buyoya avait tue 88 000 Burundais, depuis qu'il avait pris le pouvoir en juillet 1996. L'organisation a nie que ses combattants aient attaque des villages et tue des civils tutsis. Le representant du CNDD pour l'Afrique de l'Est, Innoncent Nimpagaritse, a accuse l'armee d'etre responsable des recentes tueries, precisant que les autorites voulaient etablir "une ceinture de securite" autour de Bujumbura. M. Nimpagaritse a qualifie les recentes demarches, initiees par M. Buyoya, pour la creation de nouvelles institutions qui inclueraient des membres du parti d'opposition, le Front pour la democratie au Burundi (FRODEBU), de "strategie malhonnete". Il a ajoute que cela avait ete concu pour "eviter de retourner a la table des negociations".

Un employe humanitaire danois tue

Un ressortissant danois, travaillant pour une organisation humanitaire au Burundi, a ete tue mercredi dans la capitale lors d'une attaque visant a voler sa voiture, a rapporte l'agence Reuters. Cette derniere a cite des membres de la communaute humanitaire disant que Bent Nielsen, directeur au Burundi de 'Adventist Relief and Development Agency' (ADRA), a ete abattu alors que des voleurs essayaient de voler son vehicule dans le quartier de Bwiza, autour de 21 heures, heure locale. M. Nielson vivait a Bujumbura depuis 10 ans.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RDC) :

Les autorites rwandaises et congolaises se rencontrent pour parler securite

La radio congolaise a rapporte qu'une reunion a eu lieu a Bukavu lundi dernier entre les autorites du Sud Kivu et leurs homologues de la prefecture de Cyangugu, au sud-ouest du Rwanda, afin d'etudier les moyens d'ameliorer la securite le long de leur frontiere commune. La reunion a ete presidee par le Gouverneur du Sud Kivu, Jean-Charles Magabe. Les participants a cette reunion se sont mis d'accord pour qu'a l'avenir, les gens traversant aux postes frontiere de Ruzizi-un, de Ruzizi-deux et de Bugarama, auront besoin de documents de voyage speciaux en plus de leur carte d'identite. A tous les autres postes frontiere, les voyageurs n'auront besoin que de leur carte d'identite, qui, selon le communique publie a l'issue de la reunion, sera deposee a la frontiere "en echange d'un laisser-passer valable pour pas plus de 24 heures". Les participants ont egalement accepte que dorenavant les autorites congolaises voyageant vers Uvira ou Bukavu en passant par le Rwanda dans des vehicules gouvernementaux, seront autorises a traverser la frontiere sans aucun autre document que leur ordre de mission. Par ailleurs, le Vice-president rwandais, Paul Kagame, est retourne a Kigali mercredi, apres une breve visite en Angola, ou il a declare aux journalistes qu'il avait discute de la question du retour des refugies rwandais depuis ce pays.

Insecurite rapportee dans la region de Butembo

Des sources humanitaires ont informe IRIN que des rebelles avaient attaque Butembo dans le Nord Kivu au debut de la semaine derniere. La route entre Goma et Butembo a ete fermee par les autorites locales le 14 avril et des renforts militaires ont ete depeches dans la region. Ces memes sources ont indique que la route avait ete reouverte samedi dernier, et ont ajoute que l'operation visant a deplacer les populations vivant le long des frontieres avec le Rwanda et l'Ouganda etait toujours en cours. Les autorites de la RDC ont, a plusieurs reprises, denonce les activites rebelles dans le Nord Kivu, qui emaneraient d'une combinaison d'elements Mayi-Mayi et Interahamwe.

Les espoirs s'estompent pour le gouvernement de la RDC, selon Garreton

Le Rapporteur special de l'ONU pour la situation des droits de l'homme en RDC, Roberto Garreton, a indique que les espoirs places dans le nouveau regime, qui a renverse la dictature de Mobutu Sese Seko, commencent a s'estomper. Presentant son rapport a la Commission des droits de l'homme a Geneve la semaine derniere, M. Garreton a declare que le nouveau gouvernement avait eu la possibilite historique de mettre en place un regime democratique, respectueux des droits de l'homme, en rassemblant toutes les forces qui ont combattu la dictature, mais ne l'avait pas fait. Au lieu de cela, a-t-il ajoute, le gagnant considere le reste du pays comme un ennemi, et le President Laurent-Desire Kabila a exerce son pouvoir sans controle. Le Rapporteur special a ajoute que les partis politiques etaient interdits, et que ceux qui violaient cette interdiction etaient incarceres, bannis et meme tortures. Les ONG militant en faveur des droits de l'homme ont egalement ete soumises a des attaques. Plus recemment, l'organisation AZADHO a ete interdite. L'AFP a rapporte que la Commission est allee jusqu'a condamner la RDC pour "les graves violations" des libertes fondamentales. Elle a fait savoir que les 53 pays membres ont adpote la resolution par 28 votes contre sept, avec 18 abstentions.

Le gouvernement suspend la radio catholique de Kisangani

Par ailleurs, le gouvernement de la RDC a suspendu une station de radio privee, dirigee par l'eglise catholique, dans la ville de Kisangani, a fait savoir une journaliste de la radio, lundi dernier. Jose des Chartes Menga de 'Radio Amani' a indique a l'agence Reuters dans la capitale Kinshasa que le Ministre adjoint de l'interieur, Faustin Munene, avait annonce la decision samedi soir sur une station de radio locale. Il a signale que M. Munene avait accuse 'Radio Amani' de "fonctionner en dehors des limites de la loi gouvernant la liberte de la presse en RDC".

NATIONS UNIES :

Annan va se rendre en Afrique a la fin du mois d'avril

Le Secretaire General de l'ONU, Kofi Annan, va entreprendre la visite de huits pays d'Afrique Centrale et de l'Est, du 28 avril au 10 mai prochain, a annonce son bureau. Il se rendra en Ethiopie, au Kenya, a Djibouti, en Tanzanie, au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, et en Erythree.

M. Annan, ainsi qu'au moins quatre dirigeants africains, vont se joindre aux 500 invites la semaine prochaine a Addis Abeba, pour discuter de l'avenir des femmes en Afrique, a declare la Commission economique pour l'Afrique (CEA) dans un communique. Cette conference, de quatre jours, s'ouvrant dans la capitale ethiopienne le 28 avril prochain, va marquer le 40ieme anniversaire de la CEA. Le theme de cette conference est "Les femmes africaines et le developpement economique - Investissant dans notre avenir". La CEA a ajoute que les dirigeants du Botswana, du Burkina Faso, de l'Ethiopie et du Ghana avaient confirme leur participation.

Lors de son sejour en Tanzanie, Kofi Annan, devrait se rendre au Tribunal penal international pour le Rwanda (TPIR), a Arusha, au nord de la Tanzanie, a declare le President du TPIR, le juge Laity Kama, selon la Fondation Hirondelle. Il a precise que la visite aurait lieu les 6 et 7 mai.

KENYA :

Le cholera tue 1 571 personnes, fin de la fievre de la vallee du Rift

L'OMS au Kenya a informe IRIN que l'epidemie de cholera est en diminution, mais que 1 571 personnes en etaient decedees au cours des neuf derniers mois. Le Ministere kenyan de la sante a indique que 41 126 cas de cholera avaient ete enregistres entre juin 97 et mars 98. Les provinces de la Cote et de Nyanza ont ete les plus touchees, ayant enregistre plus de 30 000 cas a elles deux. Le taux de mortalite national etait de 3,8%. Il est etabli dans le monde medical que 1% des personnes atteintes de cholera, au maximum, devraient en mourir si un traitement adequat leur est administre.

Les inondations au Kenya ont contribue a l'epidemie de cholera, ainsi qu'a une maladie hemorragique que l'on pensait etre la fievre de la vallee du Rift. Une etude menee par le Centre de controle des maladies (CDC), l'OMS, le Ministere kenyan de la sante, l'Institut sud-africain de virologie et d'autres specialistes, a montre que sur les echantillons de patients presumement atteints de la fievre de la vallee du Rift, seulement 40% ont ete testes positifs. Le paludisme, le cholera et la malnutrition auraient egalement contribue a cette myterieuse epidemie, qui a fait plus de 400 victimes, et a provoque la mort d'un grand nombre de tetes de betail.

Les Pokots et les Marakwets signent un accord de paix

Les membres des ethnies pokot et marakwet, qui etaient impliques dans de violents vols de betail au cours des deux dernieres semaines, ont passe mardi un accord de paix pour restaurer l'ordre dans les deux districts, selon la KBC (Kenyan Broadcasting Cooperation). La television d'Etat a rapporte que des chefs religieux, politiques, et administratifs de la region ont egalement participe a cette reunion de paix et de reconciliation tenue a Kitale et presidee par le Commissaire provincial de la vallee du Rift. Les deux communautes se sont mises d'accord que le betail vole ne serait pas recherche par leur proprietaire, mais par les forces de securite, aidees par des chefs selectionnes parmi les deux cotes. Le vol de betail qui a commence a la fin du mois dernier, a fait au moins 17 victimes.

Les livraisons alimentaires jusqu'a Dadaab sont de nouveau normales

Les livraisons de nourriture en faveur de milliers de refugies somaliens dans le nord-est du Kenya, perturbees a cause d'importantes inondations, sont redevenues normales, apres une periode de six semaines de demies rations, a declare le PAM vendredi dernier. Le porte-parole du PAM, Michele Quintaglie, a informe IRIN que les reparations effectuees sur les routes, partiellement financees par le PAM, avaient permis aux camions d'emmener les marchandises jusque dans les camps. La route principale menant aux camps de Dadaab, qui abritent 125 000 refugies, a ete tres endommagee par les pluies d'El Nino, en novembre et decembre dernier.

SOUDAN :

Le PAM cherche a augmenter ses vols sur le Bahr el-Ghazal

Le PAM a mis en garde, mardi, qu'a moins qu'il ne recoive la permission de doubler ou tripler ses vols adin d'acheminer l'aide alimentaire au Sud Soudan dans les prochains jours, la region du Bahr el-Ghazal va a la catastrophe. La PAM a declare que les fermiers de cette region ont egalement besoin de semences et de materiel aratoire d'ici les trois prochaines semaines pour planter ce qu'ils devraient recolter en aout. "La situation dans le Bahr el-Ghazal a atteint a niveau critique et effrayant", a fait savoir David Fletcher, chef des operations du secteur sud du Soudan pour le PAM. "La menace de milliers de personnes mourant d'un manque de nourriture et de maladies devient une realite, alors que nous attendons anxieusement les autorisations de pouvoir faire voler plus d'avions. La privation que nous avons vue jusqu'a present pourrait bien etre le tout debut d'une catastrophe humanitaire". Les employes d'organisations humanitaires disent que cette annee est en passe de devenir une des pires pour le Sud Soudan, si l'on considere sa recente histoire. En plus de la crise dans le Bahr el-Ghazal, d'autres regions, telles que le Nil Bleu et l'Equatoria Est, risquent de faire face a de serieuses penuries alimentaires a cause d'une combinaison de secheresse et d'insecurite. Le PAM est actuellement autorise a faire voler un seul Hercules C-130 au Sud Soudan, et l'Operation Ligne de vie pour le Soudan (OLS) a appele le gouvernement a accorder une autorisation immediate pour un autre C-130, afin d'accelerer les livraisons de nourriture depuis Lokichokkio, au Kenya. Pour le moment, le PAM affirme qu'il ne couvre que 30% des besoins alimentaires du Sud Soudan, avec seulement 2 500 tonnes de nourriture alors qu'au minimum 6 000 tonnes sont necessaires.

Nairobi, vendredi 24 avril 1998

[FIN]

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